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mercredi 15 juin 2011

Le Minotaure

Vu que cela fait longtemps que je ne vous ai pas pourri votre journée par un de mes pavé folklorique, je me permet de venir réparer ce manquement (en plus court, je vous ai manqué ?). Pour cette fois, on va revenir au folklore plus connu histoire de démarrer en douceur (je vous torturerais avec une bestiole chimérico-nébulo-héraldique une autre fois).


Qui n'a pas rêvé de parcourir un gigantesque Labyrinthe de buis après avoir lu les oeuvres de Lewis Carroll (je fracasse celui qui me parle de Burton) ou encore se perdre dans les délires de logique des Escaliers d'Escher. Le Labyrinthe, représenté dans de nombreuses cultures comme les Celtes ou les Grecs, possède une forte symbolique d'initiation et de cheminement vers son destin qui se façonne peu à peu sous ses nombreux méandres. Mais qu'est ce qu'un Labyrinthe sans son gardien ? Je présenterais donc le plus connu d'entre-eux à savoir : le Minotaure.


Le nom Minotaure signifie: le taureau de Minos (roi de Crête). Monstre hybride à corps d'homme et à tête de taureau de près de trois mètres de haut, né des amours interdits (que j'expliquerais plus en détail plus loin) entre un taureau immaculé du roi et l'épouse de ce dernier la bien nommée : Pasiphaé.


Pour parler du Minotaure, il me faudra raconter l'un des exploits du demi-frère d'Hercule : le sieur Thésée et, pour bien faire, commencer par le début (s'éclaircit la voix un brin).

Minos et sa famille :

Quelques années avant le retour de Thésée, Egée régnait déjà sur Athènes et le roi Minos gouvernait l'île de Crête. Il s'était marié très jeune à une femme (un bouc cela aurait été inquiétant) nommée Pasiphaé. Le mariage donna lieu à de nombreux sacrifices à la gloire des dieux et en particulier un superbe taureau blanc qui devait être offert à Neptune (dieu marin grand amateur de chevaux). Mais, Pasiphaé émue par le sort de l'infortunée créature, demanda à ce qu'il soit épargné et Minos y consentit.

On pourra dire que c'est le taureau de l'île de Crête en plus... bourrin.

Neptune irrité de se voir retirer son sacrifice, ensorcela Pasiphaé pour qu'elle tombe amoureuse du taureau. De leur union naquit un monstre bizarre au corps d'homme et à la tête de taureau, qui fut appelé le Minotaure. Minos, croyant voir son propre fils, décida de le garder tout en cachant aux yeux de tous son existence. Il fit venir un architecte génial nommé Dédale (je vous conseille au passage le livre : J'ai bien connu Icare) pour construire une prison dont personne une fois rentré ne peut sortir. Le Labyrinthe était né.

Constitué d'un réseau complexe de routes, détours, voies, impasses... dans lesquels il était impossible de s'y retrouver sans les plans. Minos demanda justement à Dédale de lui remettre ces derniers pour les brûler. Le Minotaure fut conduit dans sa nouvelle résidence d'été, offrant à Minos la garantie que personne ne pourra voir son “fils” avec en rab, l'assurance que les éventuels curieux ne pourront pas venir raconter ce qu'ils ont vu.


Minos vécut plusieurs années dans la paix et la joie aux côtés de son épouse
qui lui donna trois enfants : un fils, Androgée et deux filles Ariane et Phèdre. Lorsque son fils Androgée eut quinze ans, son père trouva bon de lui faire voir un peu du pays et l'envoya à Athènes muni d'une recommandation pour le roi Egée. Pour son plus grand malheur, le prince arriva au moment ou le roi Egée sortait pour aller à la chasse. Ne voulant pas gâcher sa sortie, le roi proposa à Androgée de l'accompagner... Le jeune-homme inexpérimenté et imprudent y fut tué par un lion.

Minos scandalisé de cet outrage aux lois de l'hospitalité (et peut-être aussi pour le fait d'avoir fait mourir son fils également), monta une expédition punitive contre Athènes. A la tête de son armée, il vainquit celle d'Egée et lui imposa de cruelles conditions :

"- Tous les neuf ans et à compter de ce jour, sept jeunes gens et sept jeunes filles de la noblesse athénienne me seront envoyés sur un navire aux voiles noires et je les donnerai en pâture au Minotaure."
  
Egée vaincu ne put que se résigner et envoyer la première cargaison vers leur funeste destin.


Le fil d'Ariane :

neuf ans après la signature de cet infâme traité, lorsque Thésée arrive à Athènes, il ne tarde pas à trouver le peuple en train de s'affairer aux préparatifs du second envoi vers la Crête. Après une longue discution avec son père (le roi), Thésée put le convaincre de le placer dans le prochain convoi à la seule promesse de tout faire pour exterminer le Minotaure et revenir sain et sauf de son expédition.


"- Si tu en réchappes lui dit son père, change les voiles noires du navire par des voiles blanches
afin que de loin j'apprenne la bonne nouvelle."
A peine Thésée et ses treize compagnons ont débarqué sur l'île, que le roi Minos leur annonce qu'ils seront livrés au Minotaure dès le lendemain, tout en ajoutant :
"- Mais comme je respecte, moi, les lois de l'hospitalité, je vous invite ce soir à un grand dîner dans mon palais (après-tout il y aura plus de viande à ronger sur les os)."
A ce dîner, Thésée se retrouva placé, en raison de son haut rang, entre les deux filles du roi. Il éprouva aussitôt une vive attirance pour Phèdre, qui pourtant, ne lui accordait guère son attention; Ariane au contraire, que Thésée avait à peine regardé, tomba follement amoureuse de lui. A la fin du repas, Ariane avait secrètement décidé de tout faire pour sauver Thésée de la mort. Pendant la nuit, elle se rendit chez Dédale et le supplia de lui remettre les plans du Labyrinthe.

"- Je ne les ai plus, lui répondit Dédale, mais je connais un autre moyen de retrouver la sortie. Et il lui confia ce secret."


Le lendemain à l'aube, Arianne entra dans la chambre de Thésée qui encore dans les bras de Morphée (dieu du sommeil) se voyait dans ceux de Phèdre. Elle le réveilla donc prestement :

"- Je suis prête à te donner le moyen de sortir du Labyrinthe à l'unique condition que tu me promettes de m'emmener avec toi à Athènes et m'y épouser."

N'ayant pas trop le choix, Thésée accepta cette offre et Ariane lui expliqua ce qu'il devait faire :
"- Voici une grosse pelote de fil. En entrant dans le Labyrinthe, attache un bout du fil à la grille d'entrée et déroule la pelote pendant ton trajet. Il te suffira pour retrouver ton chemin de suivre le fil en sens inverse."

Thésée fit ce qu'Ariane lui avait conseillé. Après avoir longtemps erré dans le dédale de couloirs, il découvrit le Minotaure, le tua à l'aide de son épée et revint sain et sauf à la grille (excusez le récit épique en deux mots mais les sources sont assez mince sur le sujet) avec ses treize compagnons. Ariane les y attendait, et c'est avec elle qu'ils s'embarquèrent aussitôt sur leur navire.

 Le combat entre Thésée et le Minotaure.


La fuite de Dédale et Icare :

Lorsque le roi s'aperçut de la fuite de Thésée et de sa fille, Minos mena une enquête qui lui révéla la complicité de Dédale. Pour le punir, il enferma l'architecte et son fils dans sa propre création : le Labyrinthe, tout en s'assurant qu'il ne portait aucune pelote de ficelle afin de sortir de là (il existe une autre version où le roi enferme les deux héros dans une cage fabriquée par les soins de Dédale et perchée sur une falaise avec des gardes autour. Dédale se fera passer pour fou en se prenant pour un oiseau et demandera au roi des plumes et d'autres fournitures pour s'envoler dans les cieux. Minos croyant que son architecte a définitivement perdu l'esprit, lui accordera cette faveur non sans un certain humour. Pour finir par voir les deux prisonniers s'envoler dans les cieux et sous son nez).
Icare déclara :

"- Puisque la voie terrestre nous est barrée, nous prendrons celle des cieux."


Génie de l'aviation avant l'heure, Dédale construisit deux paires d'ailes articulées qu'il fixa sur ses épaules ainsi que celles de son fils à l'aide de cire d'abeille. Après quelques essais, ils prirent leur vol, s'élevèrent au-dessus du Labyrinthe pour gagner les flots. Dédale avait recommandé à son fils de ne pas s'approcher du char d'Apollon (dieu de la médecine, poésie et qui tire le soleil sur un char), mais ce dernier ivre de liberté, oublia les conseils de son père et les rayons du soleil firent fondre la cire qui retenait les ailes du malheureux. Icare tomba comme une pierre, se noya et son père fou de chagrin poursuivi son vol jusqu'en Sicile.

L'abandon d'Ariane :

Pendant ce temps, Thésée voguait vers le royaume de son père. Depuis leur départ, Ariane lui manifestait un amour brûlant, exclusif (collant), pendant que de son côté Thésée lui ne voyait qu'une froide (glaciale) reconnaissance à son égard... Sentiment qui se changea rapidement en irritation, puis en ingratitude. Il décida finalement d'abandonner Ariane d'une façon très lâche mais classique. Comme certains propriétaires d'animaux de compagnie (excusez les comparaison douteuse) encombrants, il décida de faire escale sur l'île de Naxos et profita du couvert de la nuit pour se tailler en vitesse toutes voiles dehors...


A son réveil, la pauvre erra seule et en pleurs sur la grève pour finir par tomber sur le dieu Bacchus (dieu de l'ivresse) qui passait par-là. Il lui offrit du vin, la consola, s'éprit d'elle et l'épousa (en passant d'un roitelet à un dieu de la picole, elle a gagné aux changes).

Mort d'Egée :

Thésée cependant, approchait des côtes d'Athènes. Il avait eu tant de problèmes et de soucis depuis son départ de Crête, qu'il avait complètement oublié de changer les voiles du navire. Son père aperçut au loin les voiles noires et ne douta pas un instant que la chair de sa chair était morte. Désespéré il se jeta dans la mer Egée (qui porte depuis son nom).



En petite conclusion, pour ceux qui s'intéressent au sort du taureau blanc. Ce dernier sera capturé plus tard par Hercule et offert à Eurysthée pour purger un crime (l'un des douze travaux).

Idraemir

4 commentaires:

  1. J'aime énormément ce mythe, le Minotaure m'a toujours fasciné !

    L'article est vraiment bien ficelé, on suit les périples de manière très fluide et tu ne t'embrouilles pas en détails inutiles, et ça c'est très appréciable ! Au moins on reste concentré sur le Minotaure lui-même, même si la deuxième partie de l'article traite de certains personnages tout aussi intéressants et importants (Dédale et Ariane notamment).

    J'ai aussi un gros coup de coeur pour le dessin qui représente le combat entre le Minotaure et Thésée, ainsi que la dernière illustration de l'article (que j'aurais plutôt mis en début d'article, mais finalement en conclusion c'est pas si mal non plus).

    En tout cas si tu t'intéresses au thème du labyrinthe en littérature et au traitement du fil d'Ariane, je te conseille vivement L'aleph de Borges (que tu as peut-être déjà lu en fait). Et au niveau du cinema: Lost highway de David Lynch !

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    1. J'ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce dernier, il a été s'est presque écrit tout seul tant ça allait de façon fluide et rapide.

      "J'ai aussi un gros coup de coeur pour le dessin qui représente le combat entre le Minotaure et Thésée, ainsi que la dernière illustration de l'article (que j'aurais plutôt mis en début d'article, mais finalement en conclusion c'est pas si mal non plus)."

      En fait lorsque j'ai légèrement remanié cet article (sans changer le texte) j'ai en priorité cherché à trouver le plus d'images possible où le Minotaure n'était pas dépeint comme une brute monstrueuse, pour faire ressortir le côté pacifique de la créature.

      La dernière illustration en est un parfait exemple. Le but était de terminer sur une note douce, raison pour laquelle je l'ai sélectionnée.

      "En tout cas si tu t'intéresses au thème du labyrinthe en littérature et au traitement du fil d'Ariane, je te conseille vivement L'aleph de Borges (que tu as peut-être déjà lu en fait). Et au niveau du cinema: Lost highway de David Lynch !"

      Je pense avoir déjà entendu parler des deux mais je n'ai pas encore eu la chance de voir et lire ça. A l'occasion il faudra que je me renseigne sur le sujet. Merci du tuyau !

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  2. J'aime énormément ton blog. Vraiment, bravo.

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    1. *Agite cérémonieusement son tricorne*

      Un grand merci pour ton commentaire. Ca fait toujours plaisir de voir que mon travail est apprécié.

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