Nombre total de pages vues

lundi 14 mai 2012

Le Kraken, la terreur des grands-fonds

S'il y a bien une chose que vous apprendront les vieilles histoires de marins, racontées les soirs de tempête dans tout port digne de ce nom (autour d'une bonne lampée de rhum, détail indispensable), c'est que les océans sont emplis de merveilles mais aussi de dangers. Il en existe un d'ailleurs qui, bien qu'assez caoutchouteux sur les bords, a hanté les cauchemars de nombreux équipages, au point de terroriser les courageux marins lorsqu'ils venaient trop à s'approcher de l'élément liquide (je ne dis pas non-plus qu'ils ne poussaient pas des cris de mouette hystérique lorsque, de retour sur la terre ferme, ils se devaient de prendre un bain pour enlever le fumet délicat qui les enveloppait comme un "fog" de poche...). Je parle bien entendu du Kraken. Je vais comme d'habitude décortiquer avec vous divers textes provenant de plusieurs sources, histoire d'éclairer votre lanterne. Le temps d'enfiler mon tricorne et nous pourrons partir voguer vers de nouveaux récits (par-contre, ne comptez pas sur moi pour vous chanter des chansons de marins)...


Hormis ceux dont la culture de la mer s'arrête au sushi, que savez-vous des Krakens ? Et bien vu les dernières productions cinématographiques (parfois douteuses) en vogue, comme "Pirate des caraïbes II" ou le remake de : "Le choc des titans" (l'original est un classique et son remake une... bon pour ne pas dire des mots inconvenants et rester dans le thème, je trouverais juste le qualificatif de : "panier de morues pas fraiches"). Je pourrais dire que vous imaginez une grosse pieuvre aux hormones ou un gros monstre à la Godzilla, qui pour une fois n'a pas choisi le Japon comme terrain de jeu.

Kraken du film "Le choc des titans".

Etant donné que le Kraken prend son origine dans les pays nordiques, il aurait été bon d'avoir sous la main quelques vieilles légendes du cru. Malheureusement pour vous (et pour moi) il semble qu'il n'y ait pas grande trace de ces légendes avant la fin du XVème siècleOlaüs Magnus (haut membre du clergé qui passa la fin de sa vie à écrire le fameux "Historia de gentibus septentrionalibus", censé décrire les régions du nord et comportant des gravures sur bois uniques, encore connues à ce jour) semble être l'un des premier à confirmer l'existence du Kraken dans ses écrits (je reste persuadé qu'il existe des versions antérieures à cette période, principalement durant l'âge d'or du paganisme nordique).

Suivant les auteurs, le Kraken semble changer de forme tout en conservant pourtant sa taille immense et son amour pour l'habitat liquide. Il existe plus ou moins 3 variantes de la même créature.

Gravure tirée du "Historia de gentibus septentrionalibus" montrant un serpent marin géant dévorant un matelot.

Le Kraken-île :

Selon Collin de Plancy (célèbre occultiste Français de la fin du XVIIIème siècle), il est dit que l'on peux apercevoir assez souvent dans les mers du Nord,  des îles flottantes qui surgissent au sein des vagues avec une végétation abondante déjà formée (des arbres  dotés de coquillages à la place des feuilles par exemple). Ces îles fantasmagoriques semblent disparaître au bout de quelques heures afin de regagner les abîmes.


Dans divers récits, les marins semblent habitués à côtoyer cette créature de légende au point d'en avoir tiré un certain parti. Au plus fort des jours de grande chaleur, il n'était pas rare que la mer semble moins profonde que d'habitude. Il s'agissait d'un Kraken en train de remonter vers la surface (donc en été les mers du Nord sont encombrées de céphalopodes mythiques au point d'avoir pied, retenez ça). Les loups de mer au fait de ce genre de bizarreries disposent donc leurs filets afin de pêcher les poissons qui pullulent à proximité des Krakens (leurs déjections semblent-être un véritable appât pour poissons) avant de se retirer à bonne distance de la zone lorsqu'il semble que le Kraken approche de trop près de la surface (le Kraken laissera émerger ses puissants tentacules assez fort pour broyer des navires, puis après plusieurs heures à paresser en surface, il se laissera sombrer dans les profondeurs en déplaçant un tel volume d'eau qu'il occasionnera de violents tourbillons).

"Les aventures du Baron de Münchausen" film délirant de Terry Gilliam (basé sur la biographie fantasque du même personnage populaire en Allemagne) montrant un passage où le Baron et sa clique se font engloutir par un Monstre-île aux allures de baleine-poisson.

Olaüs Wormius (médecin et collectionneur danois du XVI - XVIIème au nom inquiétant) décrit le Kraken-île sous le nom de Hafgufe tout en précisant que personne n'en a jamais trouvé de cadavre pour la bonne et simple raison qu'il serait impossible à tuer et qu'il doit vivre aussi longtemps que le monde... Il est à noter qu'en 1680, un jeune Kraken vint s'égarer dans les eaux qui courent entre les récifs d'Alstahong pour y périr misérablement. Comme son corps en putréfaction remplissait tout le chenal, les habitants commencèrent à penser (et à raison) que s'ils ne trouvaient pas un moyen de se débarrasser du cadavre titanesque, la peste allait prochainement ravager la contrée.


 L'évêque de Nidros en voyage de par les mers, trouva un Kraken-île (pensant que c'était une terre inconnue non répertoriée sur les cartes) et eut la "merveilleuse" idée de la consacrer aussi sec à dieu. Il fit transporter son autel sur l'île et y officia une messe, la créature resta tranquille tout le temps que dura l'office, mais à peine l'équipage et l'homme d'église rentrés à bord, on vit l'île sombrer dans les flots sans laisser de traces.



Pour conclure sur la bête-île, l'auteur Bartholin (bon je vais pas tous les faire, à vous de chercher un peu...) affirme qu'il n'existe que deux Krakens nés au commencement du monde et inaptes à la reproduction. De peur que  l'eau, la nourriture et l'espace ne commencent à manquer, dieu, dans sa prévoyance (mouais ça reste à voir sur le coup), aurait altéré les mouvements des Krakens afin que ces derniers ne ressentent la faim qu'une fois par an (mon pire cauchemar...). La digestion des monstres achevée, ils laissent échapper un flot d'excréments à l'odeur si suave que tous les poissons rappliquent pour s'en repaître; "mais lui, ouvrant une effroyable gueule, semblable à un golfe ou détroit, y aspire tous les malheureux poissons affriandés et pris au piège."

  
Kraken serpentiforme :

Sous cette autre version, il semblerait que le Kraken soit toujours un monstre marin aux proportions épiques, avec pour différence de s'être changé en un hybride de serpent et de pieuvre. Il ressemblait donc à un gigantesque serpent visqueux de deux kilomètres de circonférence, le dos hérissé par quatre cornes et le corps pourvu d'une multitude de tentacules pouvant atteindre un kilomètre six de circonférence.

Apparence "possible" du Kraken-serpentiforme.

Un témoignage du XVIIIème siècle (du naturaliste et évêque de Bergen Erik Pontoppidan) décrit le Kraken comme une bête capable de faire chavirer les navires en les agrippants avec ses tentacules et d'empoisonner l'eau grâce à l'encre qu'il rejette.


Kraken rôlistique :

Pour de nombreux rôlistes et maîtres de jeu, le Kraken est l'ingrédient indispensable pour conclure une grosse aventure sur la thématique des mers/océans (n'oublions pas les jeux-vidéos comme Fable, Golden-Sun ou encore du côté littéraire, les livres comme : "Le seigneur des anneaux" de Tolkien, "Le réveil du kraken" de John Wyndham, "20 000 lieues sous les mers" de notre ami Jules Verne et le poème de l'auteur britannique Alfred Tennyson). Je vous laisse ci-dessous deux descriptions de Krakens tirées de divers livres de rôle-play, histoire de vous faire une petite idée de son évolution dans le temps.

Kraken-rôlistique type.

Description tirée de Donjons et Dragons :

"Cette créature ressemble à un immense calmar doté d'un corps effilé, de deux grands yeux et d'une masse de tentacules. Son corps fait 9 mètres de long environ et est protégé par d'épaisses couches de muscles.

Agressif, cruel et très intelligent, le Kraken est le maître incontesté du fond des océans. Même si on le voit rarement à la surface, certaines légendes en parlent, lui attribuant la perte de nombreux navires et les ravages subis par quelques îles où toutes les espèces ont disparu.

Six de ses huit tentacules sont en réalité des bras de 9 mètres de long, les deux autres étant deux fois plus longs et couverts de piquants acérés. Sa gueule en forme de bec est située à l'endroit où les tentacules rejoignent le corps."

Kraken "Steampunk".

Description tirée d'Yggdräsil :

"Monstre marin redouté par les navigateurs, le Kraken a l'allure d'une pieuvre géante. Certains sont assez imposants pour broyer un navire entier entre leurs tentacules longs d'une douzaine de mètres. Traquées, ces créatures se sont retirées peu à peu, loin des zones de navigation les plus fréquentées. Par contre, elles infestent toujours les côtes les plus isolées du golfe de Bothnia, du Skattegat ou les fjords déserts à l'Ouest de la Norvège. Quelques monstres plus hardis remontent parfois les courants jusqu'au coeur de la Baltique et se terrent à l'affût d'une proie dans les archipels et les vallées marines inhabitées."

 Illustration montrant le combat hypothétique du Léviathan contre le Kraken.

Pour la première description, notre ami au corps mou passe pour un calamar géant doté d'une grande intelligence et d'une férocité sans égal. La seconde par-contre nous offre une pieuvre géante en voie de disparition...

Kraken Vs science :

Il est facile de voir ce qui aurait pu inspirer le mythe du Kraken dans les quelques légendes qui content ses sinistres exploits. Si la pieuvre géante du pacifique était trop petite et pacifique (ah ! ah !) pour inspirer la légende (elle pouvait faire de 4 à 9 mètres de long grand maximum), le calmar géant (le plus long)  et le calmar colossal (le plus lourd) eux pouvaient aisément se hisser jusqu'au titre de monstruosité de l'année.


 Le calmar géant vit la plupart du temps dans les grandes profondeurs (jusqu'à 1000 mètres). Sa taille varie, mais certains restes trouvés dans des estomacs de cachalots laissent à penser qu'ils pouvaient atteindre jusqu'à 50 mètres de long ! Un tentacule sectionné a d'ailleurs été retrouvé sur une plage, pour une taille de 30 mètres de long (rajoutez plus ou moins 1/3 de cette taille pour faire le format total de la bestiole).

Outre sa taille, le calmar géant contrairement aux pieuvres possède une paire de tentacules plus longs que les autres et surtout hérissés d'une rangée de crochets (les seiches ont également cette caractéristique, hormis l'aspect "piquant" de la chose) servant à maintenir la proie en place. Niveau caractère, le calmar géant à l'inverse de la pieuvre est agressif et peut parfois recourir au cannibalisme quand il a un petit creux... Bref de quoi largement égaler le mythe du terrifiant Kraken.


Idraemir

9 commentaires:

  1. Pour ma part, je pencherai clairement pour le Calamar géant, dont la silhouette et le comportement sont plus propice à nourrir l'imaginaire humain. Une pieuvre par-ci par là pu alimenter cette croyance encrée, mais c'est surtout le calamar colossale qui a ravivé cette croyance durant les grandes expéditions australes du 15e au 18e siècle. En effet sa situation géographique ne lui permet pas d'être à l'origine du mythe nordique mais sa forte ressemblance avec son homologue boréal, bien que non apparentée, est saisissante. A fortiori pour une époque ou l'étude zoologique marine était limité à la saveur et au meilleur moyen d'attraper les différents bancs de poissons.

    mais je reste persuadé que les fonds marins nous relèvent encore bien des surprises. c'est dingue de se rendre compte qu'on en sait plus à l'heure actuelle sur notre lune que nos fonds marins!

    RépondreSupprimer
  2. Très intéressant pour compléter des connaissances, ou les commencer ^^

    Suffisant pour ouvrir à des alternatives et diverses interprétation, et très digeste!

    Bon boulot!

    (Et on en voudrait encore plus =D enfin, dumoins, moi ^^" )

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci, merci,

      Au pire il te reste une pile de plus de 30 articles avant celui-là. De quoi largement caler ta boulimie littéraire^^'.

      Supprimer
  3. Bon, je n'apprécie pas spécialement les fruits de mer, et pieuvre ou calmar, c'est laid :D

    Et comme j'aime pas ça, je préfère encore en "serpentiforme" n'est ce pas :)
    Kraken et bah mise à part de nom, aucune recherche a ce sujet pour moi, donc je ne dirais pas découverte, mais presque ^^

    Sinon... *jette une pierre*, voilà pour ton édifice.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. L'égout et les couleurs comme disait l'autre...

      J'ai plus d'affection pour la version reptilienne mais la pieuvre me va aussi.

      Supprimer
  4. ces cool tout ca mais il vit ou

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Hummm... pour te répondre basiquement : dans les régions nordiques (comme précisé dans le texte).

      Il serait assez difficile de donner la position précise d'une créature qui n'est normalement pas unique et qui vît dans les vastes zones que sont les mers (et probablement les océans).

      Tu peux toutefois t'amuser à mettre le mythe du Kraken en parallèle avec les calmars géants (qui hantent les profondeurs) ou encore les pieuvres géantes pour pouvoir déduire le type d'habitat qui conviendrait le mieux à cette créature.

      Supprimer
  5. J'adore les krakens! :) Bravo à toi!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci, merci, il faudra par-contre sérieusement que j'améliore ce dernier...

      Ca fait un bail que je l'ai écrit et j'ai depuis accumulé quelques données qui pourraient l'améliorer. J'y songe depuis une paye mais je n'ai pas encore trouvé le temps - le courage - de le faire ^^'.

      Supprimer