Nombre total de pages vues

lundi 14 juillet 2014

La Mandragore

Cela fait des semaines que vous n'avez pas vu le moindre rayon de soleil à l'horizon... Le ciel semble recouvert d'une perpétuelle grisaille aussi lourde et dense que le plomb et, comble de malchance, une pluie torrentielle commence à tomber sur le village, en résonnant contre les pavés et les tuiles en un rythme régulier qui vous pousse à vous demander, par quel caprice du destin vous avez pu atterrir dans cette sinistre bourgade, perpétuellement à la merci des éléments...

De la fenêtre de votre chambre (que vous avez payée bien trop cher à votre goût au vu du mobilier délabré qui la compose), vous contemplez les rues crasseuses, gorgées de détritus, et comptez distraitement les passants qui zigzaguent entre les maisons afin de ne pas finir trempés jusqu'aux os.

Les carreaux crasseux qui complètent admirablement la ravissante décoration d'intérieur de votre "coquet" lieu de repos, donnent une touche fantasmagorique à l'ensemble, déjà pourtant lugubre à souhait...

Mandragore
Voici une scène guillerette aux vives couleurs (illustrée par Jonas De Ro) pour bien vous mettre dans l'ambiance...

Alors que vous songez à prendre votre courage à deux mains pour aller commander un repas au propriétaire de l'établissement, vous remarquez une silhouette drapée dans une coule noire, capuchon rabattu, qui semble se diriger, le plus discrètement possible, vers la sortie du village.

A la vue de ce spectacle, votre curiosité semble l'emporter sur la perspective d'un repas chaud (sans trop de difficultés vu la "qualité" de la cuisine servie en ces murs), vous prenez juste le temps d'attraper votre épaisse cape de laine, franchissez le seuil de l'auberge, et vous partez à la suite de cet inconnu.

Fouetté par le vent et la pluie, vous resserrez les pans de votre habit en tentant de garder une distance raisonnable entre votre cible et vous-même. Vous rasez les murs des bâtiments en évitant de marcher dans les innombrables flaques d'eau qui jonchent le parcours et qui risqueraient de signaler votre présence.

Parvenu à la sortie de ce taudis que les locaux osent appeler "village", vous laissez à l'étrange personnage encapuchonné une confortable avance (une décision que vous regretterez bien vite lorsque le soir tombera, vu que vous avez oublié d'emporter une lanterne ou un quelconque moyen de vous éclairer).

Pataugeant et jurant dans l'obscurité, vous arrivez devant un bois obscur qui semble receler en son sein un éclat orangé tremblotant. Persuadé que vous êtes toujours sur la bonne voie, vous pénétrez dans les entrailles de cette cathédrale végétale, dont les branches ondoient sous la caresse du vent en grinçant de manière sinistre.

Mandragore
Création de Shahab Alizadeh.

A mesure que vous approchez de la source de lumière, la cadence de votre coeur ne cesse de s'accélérer, cognant sourdement contre votre poitrine et vous songez, en votre fort intérieur, qu'un repas insipide au chaud aurait peut-être été préférable à cette course frénétique vers l'inconnu...

Après avoir escaladé une petite bute, vous découvrez - dissimulé derrière un buisson d'aubépine - un étrange spectacle. L'étranger que vous suivez depuis (ce qu'il vous semble) le bout du monde, dépose entre les racines d'un arbre une lanterne sourde (probablement la lueur que vous avez suivi aveuglément, tel un papillon attiré inexorablement vers la flamme d'une bougie) et extrait des replis de sa coule un petit corniaud noir, dans un si piteux état qu'il semble incapable de tenir sur ses pattes ou de japper...

Vous n'avez pas vraiment le temps de vous apitoyer sur le sort de la pauvre bête car l'homme en noir commence à fouiller minutieusement les alentours, comme s'il cherchait quelque chose... ou quelqu'un. La crainte d'être découvert vous cloue sur place et vous ne pouvez vous empêcher de lâcher un léger soupir de soulagement lorsque vous le voyez agenouillé en train de retourner un tas de feuilles mortes pour dégager une sorte de plante au larges feuilles vertes et aux fleurs mauves.

Tout à vos réflexions, vous ne remarquez pas que le villageois est en train de traîner le pauvre chien aux côtes saillantes pour l'attacher - avec un bout de corde en chanvre - à la base de la plante. Tiré de votre rêverie nocturne, vous voyez l'homme s'éloigner de l'animal à l'oeil éteint puis extirper un quignon de pain de sa poche pour l'agiter face à la truffe du canidé.

Réveillé par l'odeur et la perspective de prendre enfin un repas, le pauvre sac d'os (et de peau) semble reprendre un semblant de vie. Puisant dans ses dernières forces, il se jette sur le pain, arrachant du même coup la plante à laquelle il était attaché... S'ensuit aussitôt un cri atroce qui vous vrille les tympans et vous force à vous plaquer violemment les mains sur les oreilles. Le corps agité de tremblements convulsifs, vous fermez les yeux en espérant que ça passe, mais soudain, vous vous sentez basculer vers l'avant et, une fraction de seconde avant de sombrer dans une inconscience bienvenue, vous sentez votre corps s'écraser contre un tapis de feuilles détrempées par la pluie...

Vous ouvrez les yeux, le visage baigné par les rayons de l'aube naissante. La première chose que vous constatez en vous relevant (ou plutôt que vous ressentez) est cette atroce douleur qui parcourt chaque atome de votre corps en vous donnant l'impression de vous être fait écraser par une caravane marchande lancée à pleine vitesse... La seconde, est la découverte de sang séché maculant vos oreilles et votre cou, preuve que vous avez frôlé de très près la catastrophe... Après avoir fait de votre mieux (non sans pester) pour débarrasser vos vêtements de la boue qui s'y est accrochée pendant votre repos forcé, votre regard se porte enfin vers la source de votre mésaventure et vous songez - non sans quelque tremblement - à vous approcher lentement de l'endroit.

Arrivé sur place, le spectacle qui s'étale sous vos yeux vous laisse perplexe : nulle trace du mystérieux personnage drapé de noir - si ce n'est sa lanterne sourde à moitié engloutie par la boue - mais vous repérez dans un coin une petite forme sombre qui ne peut qu'appartenir au canidé affamé, toujours attaché à cette plante parée de fleurs mauves.

Après un rapide examen, vous constatez que le chien est mort à cause de cet étrange cri qui semblait sortir de nul part. Attristé par la cruauté gratuite de son propriétaire, vous cherchez des yeux un endroit pour l'enterrer et, en vagabondant, votre regard se pose sur la fameuse plante, toujours encordée... En y regardant de plus près, les racines de ce végétal ressemblent à s'y méprendre à une sorte de parodie difforme d'humain. Vous ne pouvez vous empêcher d'approcher votre visage de la plante afin de l'analyser sous toutes ses coutures mais, en l'entendant pousser un petit cri pareil à un nourrisson et remuer ce qui semble être ses jambes, vous la laisser tomber à terre, sous le coup de la frayeur, et partez au galop, le plus loin possible de cet endroit maudit...

Mandragore
Une auberge illustrée par les bon soins de Darek Zabrocki.

De retour au village, vous réglez immédiatement le tenancier qui semble presque réticent de devoir tendre la main pour empocher votre argent (il faut le comprendre avec votre dégaine crasseuse, ensanglantée, vos yeux fous et votre air de celui qui a dansé avec les Démons toute la nuit). Votre ardoise purgée, vous quittez aussitôt la région, pressé de changer d'air le plus rapidement possible.

Une expérience traumatisante qui est loin d'être finie puisque le premier cri de la Mandragore sera suivi de bien d'autres...

"Notons que la Mandragore désigne également une plante narcotique magique en forme d'embryon humain."
- Édouard Brasey, L'Encyclopédie du Merveilleux tome 2.

Une longue introduction suivie d'une courte citation, voilà de quoi démarrer sur de bonnes bases cet article. Mais, avant d'entamer notre long périple, que savez-vous vraiment sur la Mandragore ? Et avant de répondre à cette question, êtes-vous vraiment certains que vos informations soient véridiques ?

Pour beaucoup d'entre-vous je pense pouvoir dire avec certitude que votre connaissance sur le sujet se résume à de vagues données dénichées dans un livre de fantasy ou dans un herbier qui prenait tranquillement la poussière dans le grenier familial (et que vous avez eu l'audace de déranger dans sa sieste séculaire).

Hormis le fait que c'est parfois un végétal, parfois une créature protéiforme qui peut pousser un cri qui tue, saviez-vous que cette créature est également un Élémentaire associé à la terre (et au feu), un Démon familier capable de prédire l'avenir ou qu'elle possède de nombreux cousins éloignés (un Dragon par exemple) ?...

Si la réponse est non, alors accompagnez-moi dans ce nouveau voyage au pays des mythes et légendes et commençons de suite notre périple en décortiquant la forme la plus connue de ce végétal...

La main verte :

Sur le plan strictement botanique, la Mandragore (ou Mandragora officinarum) est un végétal appartenant à la grande famille des solanacées (on peut par exemple citer la pomme de terre et la tomate dans cette catégorie de plantes) que l'on trouve principalement dans les pays qui forment le bassin méditerranéen (plus précisément, dans le lit des rivières à sec).

L'aspect visible de la Mandragore prend la forme d'une touffe végétale (d'une hauteur moyenne de 30 centimètres) composée de larges feuilles gaufrées, rehaussées de fleurs à 5 pétales de couleur blanche (tirant sur le verdâtre), bleue ou mauve. A maturité, la plante donne naissance à des baies comestibles (avec modération) jaunes ou rouges de 3 à 5 centimètres de diamètre.

Chose étrange, des fruits de la Mandragore sont représentés sur le décor du trône du pharaon Toutânkhamon (respirer le parfum de ces fruits provoquait - selon les dires - des effets aphrodisiaques).

Le détail de ce bas-relief en laisse plus d'un perplexe puisque cette plante n'était pas cultivée en Égypte.

Mandragore
Une représentation assez fidèle de la Mandragore (où l'on peut voir le fruit en détail et en coupe).

Outre son ravissant feuillage, la solanacée est également pourvue de racines de type pivotant (dotée d'une base droite où s'ajouteront latéralement d'autres racines) qui peuvent s'enfoncer profondément dans le sol et atteindre 80 centimètres de longueur pour un poids de plusieurs kilos, dont la forme générale n'est pas sans rappeler (vaguement) un être humain.

Cousine de la Belladone (une plante à sinistre réputation dont les détails figurent dans les Informations complémentaire de ce chapitre), notre dame verte contient notamment de l'hyoscyamine et de la scopolamine (deux alcaloïdes aux propriétés hallucinogènes)... il s'agit donc de manier ce végétal avec une extrême prudence.

Les aspects techniques de la Mandragore expédiés, nous pouvons passer à la suite, en abordant l'aspect plus mystique de la chose (sauf pour les amateurs de jardinage et de chimie, ceux-là je leur donne rendez-vous ci-dessous pour les fameuses...).

Informations complémentaires :

- Les solanacées sont des plantes "herbacées" ( plantes tendres qui périssent peu après avoir donné des fruits), des arbres et des lianes dotés de feuilles simples et sans stipules (les stipules se trouvent sur la plante entre la pétiole et la base foliaire. Elles prennent la forme de deux feuilles miniatures situées de part et d'autre de la pétiole).

Cette grande famille compte 98 genres pour plus ou moins 2700 espèces.

- Le pharaon Toutânkhamon, XIème souverain de la XVIIIème dynastie, a régné de -1336 à -1327.

La célébrité de ce monarque vient surtout de la découverte de sa tombe (sans oublier le fastueux trésor qu'elle contenait) et de la malédiction qu'encourait les profanateurs (un fait probablement inventé par les journalistes qui cherchaient un moyen d'augmenter les ventes de leurs canards).

Autre fait intéressant à propos du futur roi : son nom d'origine. Il faut savoir qu'à la base, le dirigeant d'Égypte en devenir se nommait Toutânkhaton ("Image vivante d'Aton"), en l'honneur du dieu solaire que son père, Akhenaton - le pharaon maudit - voulait comme seule et unique déité.

Sous la poigne d'Akhenaton, de nombreux temples avaient dû fermer leurs portes (quand ils n'étaient pas simplement saccagés) et il était devenu interdit de vénérer certaines divinités. Ces fâcheuses décisions vaudront d'ailleurs au souverain le surnom bien connu de : "pharaon hérétique".

Plusieurs années après la mort du "pharaon maudit", Toutânkhaton accèdera au trône et se détournera du dieu unique pour rendre les honneurs à Amon (le dieu aux multiples formes) et aux autres dieux du panthéon. C'est à cette période qu'il changera son nom en "Toutânkhamon" et qu'il abandonnera la cité de son père (Amarna), pour faire de Thèbes la capitale du royaume.

- Les alcaloïdes (reconnaissables par leur terminologie en "ine") sont des dérivés des acides aminés (composés chimiques qui forment des constituants élémentaires des protéines) souvent présents dans les végétaux et les champignons.

Assez appréciés en médecine pour leurs propriétés analgésiques (anti-douleur) et anticancéreuses, ces derniers sont cependant souvent toxiques.

- La Belladone (appelée également : "belle dame" ou "morelle furieuse") est une plante vénéneuse (qui fait également partie de la grande famille des solanacées) dotée de baies noires qui contiennent de l'hyoscyamine et de l'atropine (encore des alcaloïdes pour ceux qui ont loupé un épisode).

Il est à noter que la Belladone était autrefois utilisée par les médecins pour calmer les maux de tête (ainsi que d'autres affections) puis, durant la Renaissance, comme artifice pour les dames. En appliquant une pommade à base de Belladone, la coquette damoiselle obtenait une dilatation de ses pupilles, de profonds yeux noirs... et une tendance à loucher (très à la mode à l'époque).

Ce petit artifice cosmétique a peut-être également donné naissance à la célèbre expression italienne : "bella donna", signifiant : belle femme (j'avoue ne pas en être certain, mais ça a le mérite d'être mentionné).

Après consultation de ces données, je suppose qu'il est inutile de préciser que l'ingestion de cette plante est vivement déconseillée vu qu'elle peut provoquer (entre autres) des hallucinations mais également la mort par une paralysie des voies respiratoires...

Magie et herboristerie :

Doté d'une foultitude de surnoms divers et variés ("mains de gloire", "madagloire", "pomme d'amour", "pomme de chien", "belladone sans tige", "Dudaïm", "Jabora",...), la Mandragore a été maintes fois associée aux pratiques magiques (un de ses autres surnom : l'"herbe au magicien" est d'ailleurs là pour en attester) et plus récemment à la Magicologie verte.

Mandragore
Illustration d'une Mandragore mâle (à gauche) et femelle (à droite) tirée du manuscrit de "Dioscoride de Naples". Il faut savoir que la Mandragore blanche (mâle) et la noire (femelle) sont deux espèces différentes. La blanche est la Mandragora officinarum et la noire la Mandragora automnalis Bertol.

Les auteurs de tels ouvrages prêtent à cette plante une foultitude de propriétés (ils arrivent du même coup à se contredire)... Notre fameuse solanacée est souvent associée à la protection, la fertilité (comme sa cousine asiatique dont nous parlerons plus tard), l'argent, l'amour, la santé,... Bref, il y en a pour toutes les demandes.

La plante est cependant très rare (vous ne vous attendiez tout de même pas à en trouver une botte chez le fleuriste du coin tout de même ?), ce qui a obligé les amateurs du genre à trouver des substituts (racine de frêne, racine et pommes de bryone,...).

Pour "activer" les pouvoirs de votre racine, il faudra la placer bien en vue dans votre maison et l'abandonner à son sort sans y toucher pendant près de trois jours. Passé ce délai, déposez-la dans un récipient d'eau tiède et laissez la plante faire trempette pendant une nuit complète. Après la nuitée, la racine sera "activée" et vous pourrez vous en servir pour toute une série de pratiques magiques...

Voici au passage plusieurs méthodes d'utilisation (écourtées) de l' "herbe au magicien" :

- La racine de Mandragore peut servir de talisman (elle confère à son porteur une certaine protection, la chance, la richesse et aide les pratiquants des arts divinatoires) ou remplacer les fameuses statuettes de cire employées dans les envoûtements.

- Suspendre la racine à la tête de son lit permet de se protéger durant le sommeil, la porter sur soi attire l'amour, éloigne la maladie et repousse les Démons qui ne peuvent demeurer dans un lieu où réside la fameuse plante (ce dernier point est fort contestable vu que dans cette version la Mandragore est une plante magique et non un Démon familier... nous en reparlerons d'ailleurs sous peu).

- Une décoction (couper et réduire les parties d'une plante pour placer le résultat dans de l'eau froide qui sera portée à ébullition et enfin filtrée) de racines peut provoquer la folie ou un sommeil profond.

- Il serait possible (selon les dires) de mettre au point une sorte de vin aphrodisiaque assez puissant grâce aux fruits de la plante.

- Dans un registre plus... "sabbatique", il faut savoir que la Mandragore et la jusquiame étaient des ingrédients de base pour la confection de certains onguents (médicament pâteux à base de graisses et de résines que l'on applique sur les plaies ou le corps) employés par les Sorcières.

L'un des plus connu permettait à la Sorcière de voler dans les airs afin de se rendre plus aisément au Sabbat (que ce soit à dos de cheval, à califourchon sur un balai,... ou juchée sur une simple fourche).

A ce sujet, le médecin et botaniste Andrés Laguna de Segovia (originaire de l'Espagne et du XVIème siècle) pense que ces onguents n'étaient que des substances narcotiques donnant l'illusion au pratiquant de se rendre au Sabbat.

Il étaye ses propos avec une petite expérience qui s'est déroulée en Lorraine (France).

Peu après l'arrestation de deux vieillards, accusés de sorcellerie (et condamnés à brûler sur le bûcher), il se procurera un liniment (autre préparation médicamenteuse et graisseuse à base d'alcool ou de vinaigre) trouvé dans l'ermitage qui leur servait de demeure, et le testera sur une de ses patientes, insomniaque.

Celle-ci tombera presque aussitôt dans les bras de Morphée (dieu greco-romain des rêves) et ne se réveillera que 35 heures plus tard, en déclarant à son époux - le sourire aux lèvres - qu'elle l'avait fait cocu avec un beau jeune homme...

Il existe encore bien d'autres rituels consacrés à la Mandragore (asperger les fenêtres et les portes de votre demeure avec l'eau dans laquelle a trempé la plante pour protéger votre logis, "purifier" certaines personnes, faire doubler votre fortune - particulièrement en argent - si vous placez cette dernière à proximité de votre "madagloire",...) mais il serait assez laborieux de tous les énumérer.

En guise d'anecdote finale (avant de passer à la suite), sachez que certains auteurs prétendent que la Mandragore porte parfois le surnom : d' "herbe de Circé" (baptisée ainsi par les Grecs de l'Antiquité).

Circé
Circé la magicienne (par Knockout).

La célèbre enchanteresse se serait servie de cette plante (sous forme de drogue versée dans le vin de ses invités) pour transformer les hommes d'Ulysse en pourceaux...

D'autres données viennent cependant infirmer cette affirmation : le vin servi aux soldats aurait été fait à base de grains d'orge grillés, de miel, de vin et de lait caillé. Le breuvage serait donc hors de cause (faisant de la baguette magique de Circé la principale responsable de la métamorphose des hommes d'Ulysse). Mais, comme toujours, il n'y a jamais une seule et unique vérité dans les contes et légendes (à vous de trouver celle qui vous sied le mieux).

Informations complémentaires :

- Le surnom de la Mandragore : "Dudaïm" est probablement une déformation du terme : "Dûda'îm" qui décrit une plante étrange citée dans les textes hébreux du "Livre de la genèse".

- Le "Dioscoride de Naples" est un manuscrit enluminé écrit par Dioscoride et actuellement conservé à la Bibliothèque nationale de Naples.

- Dioscoride était un médecin et botaniste grec du premier siècle après J.C. Ses différents travaux sur les plantes ("De materia medica" par exemple) ont servi de référence en la matière durant l'Antiquité et le Moyen Âge.

- La bryone dioïque est une plante grimpante des haies dotée de baies rouges et noires. Employée par le passé en Magicologie blanche (centrée principalement autour de la guérison) elle était censée augmenter la tolérance à l'alcool (si l'on consommait son jus).

- La divination est un art occulte assez ancien qui permet d'entrevoir l'avenir mais également de trouver ce qui est caché.

- L'envoûtement (du latin "vultus", qui signifie : visage ou effigie) est une pratique courante dans certaines branches de la Magicologie qui consiste (grossièrement) à créer une figurine (de cire le plus souvent mais également de bois ou de chiffons) censée représenter une personne bien précise.

L'étape suivante consistera à inciser, piquer, brûler,... la figurine afin que ces mauvais traitements puissent se transmettre à la victime...

- De façon stéréotypée, le Sabbat est une assemblée nocturne de Sorcières qui s'adonnent à des beuveries, orgies et cérémonies... "païennes" (j'exècre ce terme).

Le but de ces assemblées était de rendre hommage aux forces de la Nature, représentées par le Dieu Cornu (qui est tout naturellement l'une des incarnations de Cernunnos), lui-même symbolisé par le cerf, le bouc ou le taureau.

Ces cérémonies (qui sont une forme de survivance de certains rites chamaniques et des fameuses Bacchanales) se déroulaient à des dates clés (toutes en lien avec d'anciennes fêtes celtiques) et dans des lieux bien spécifiques (à un carrefour, près d'une source, sur une colline, à proximité d'un dolmen,...).

Il est je suppose inutile de vous préciser que lesdites cérémonies n'ont rien à voir avec ce que l'on appelle le "satanisme". C'est - encore et toujours - le christianisme qui verra dans ces cérémonies l'oeuvre du Démon, et en 1303, le Dieu Cornu sera pour la première fois associé au "diable" (dans un document accusant l'évêque de la ville anglaise de Coventry)... Le reste de l'histoire coule de source.

- Les Bacchanales ou Bacchantes étaient des fêtes religieuses de l'Antiquité romaine où l'on rendait hommage au dieu du vin Bacchus.

- Pour faire bref, le satanisme est soit un courant "religieux" (probablement né grâce au clergé avec sa manie de tout diaboliser) rendant hommage aux anges déchus (et plus particulièrement à Satan), soit une forme de philosophie proche d'un athéisme épicurien et fondée par Anton Szandor LaVey (l'auteur de la bible satanique).

- C'est vers 1326 que les persécutions envers les Sorciers (et surtout Sorcières) commenceront (via un édit du pape Jean XXII).

Accusés de toux les maux, les pratiquants de la magie (ainsi que toute personne connaissant les herbes ou ayant un peu trop de bagage culturel) furent traînés en justice (sur base parfois de dénonciations anonymes venant de la part de voisins envieux).

Selon les estimations, près de plusieurs dizaines de milliers de pauvres hères seront envoyés au bûcher, sous l'oeil "bienveillant" de l'église...

- Circé (principalement mentionnée dans l'"Odyssée" d'Homère) est une magicienne aux pouvoirs fabuleux qui réside sur l'île d'Aéa. Sa principale occupation est de changer les visiteurs en animaux divers et variés (elle est notamment responsable de la transformation de Scylla en monstre-marin), activité qui mécontentera fortement Ulysse... mais ceci est une autre histoire.

- L'"Odyssée" est une épopée grecque rédigée par Homère (célèbre poète à qui l'on doit l'"Iliade" et bien entendu l'"Odyssée") vers la fin du VIIIème siècle avant J.C. Le récit conte le voyage de retour d'Ulysse et de ses hommes après la guerre de Troie (il mettra 19 ans avant de réussir à atteindre les côtes familières de l'île d'Ithaque).

La corde au cou :

"Les anciens attribuaient de grandes vertus à la plante appelée Mandragore. Les plus merveilleuses de ces racines étaient celles qui avaient pu être arrosées de l'urine d'un pendu ; mais on ne pouvait l'arracher sans mourir."
- Collin de Plancy, Dictionnaire Infernal.

Vous savez désormais à quoi ressemble une Mandragore et la raison pour laquelle cette plante à un tel succès en Magicologie et herboristerie.

S'il semble maintenant aisé de la reconnaître, la trouver et la cueillir est une toute autre paire de manches... J'ai déjà évoqué plus haut que ces solanacées pouvaient être dénichées dans le lit des rivières et cours d'eau à sec, mais de nombreux auteurs (récents et anciens) seront là pour contredire ce dernier point.

Vers le début du Moyen Âge (l'auteur Flavius Josèphe - dont nous reparlerons bien vite - a décrit un végétal aux propriétés similaires bien avant cette période), le ravissant végétal fleuri se verra attribuer un surnom pour le moins sinistre : "la fleur des pendus".

Mandragore
Des Mandragores poussant au pied d'un pendu (par Yaroslava Kuznetsova).

Il semble qu'en ces temps troublés, la meilleure Mandragore pouvait se dénicher au pied des gibets...

Pour ceux qui l'ignorent, la pendaison provoque chez le supplicié un afflux sanguin important (vu que la circulation est bloquée vers le haut) qui "offre" une érection chez la victime, s'achevant bien entendu, par une dernière éjaculation (un spectacle peu ragoutant qui était pourtant fort populaire au Moyen Âge)...

Pourquoi rechercher en particulier un spécimen (végétal) "souillé" plus qu'un autre ? Et bien, selon la croyance populaire, ces Mandragores fécondées par la semence des pendus (qui fait office d'engrais lubrique) étaient plus "puissantes" (c'est le terme qui me paraît le plus approprié, bien qu'inexact) que les autres madagloires. Elles devaient donc, en toute logique, disposer de vertus plus grandes encore que la moyenne.

Une dernière précision s'impose avant de passer à la suite : le gibet n'est pas le seul endroit où trouver ces "bonnes" fleurs des pendus. Il est possible également d'en déterrer là où s'est déroulé un supplice ou une crémation (je vous saurais gré par contre d'éviter de carboniser un proche pour vérifier la véracité de mes dires).

Informations complémentaires :

- Pour rappel, Jacques Collin de Plancy (né, ô surprise, à Plancy - qui porte aujourd'hui le nom de Plancy-l'Abbaye - en 1794) était un écrivain français spécialisé dans la littérature occulte et fantastique.

Sceptique de nature, Collin de Plancy passera une bonne partie de sa vie à "pourfendre" certaines superstitions qu'il juge grotesques (comme les tourments de l'enfer qui attendent les pêcheurs).

Vers 1830, lors d'un voyage en Hollande, de Plancy se convertira à la foi catholique (au grand dam de ses lecteurs). Il modifiera une grande partie de son travail pour le rendre plus en accord avec sa nouvelle foi, en tentant de "démontrer" l'existence des Démons (la version négative de la chrétienté) et ira même jusqu'à travailler sur plusieurs autres encyclopédies afin de vanter les "mérites" du catholicisme...

- Le Dictionnaire Infernal est considéré comme l'oeuvre majeure de Collin de Plancy. Paru pour la première fois en 1818 (et divisé en deux parties) le contenu de cet ouvrage tente de répertorier les superstitions, contes, traditions,... bref, tout ce qui a trait au surnaturel et à l'insolite. Son contenu sera plusieurs fois remanié (sa sixième et dernière modification, probablement pour des raisons de foi) voire édulcoré...

- Il existe deux types de pendaison par le cou : celle avec chute (l'arrêt sec de la corde provoque une rupture des vertèbres cervicales et arrache la partie supérieure de la moelle épinière) qui tue presque instantanément la victime et la pendaison sans chute, beaucoup plus lente (le supplicié s'évanouira bien avant de décéder).

Pour ce qui est de la pendaison sans chute, cette dernière est encore divisée en deux catégories : la complète (les pieds sont au-dessus du sol) et l'incomplète (les extrémités du condamné touchent le plancher des vaches).

La pendaison incomplète ou... lente (le supplicié peut mettre plus de 10 minutes avant d'expirer) est un spectacle assez révoltant. La victime secouée de spasmes tentera désespérément de trouver un appui sur ses jambes (cette danse macabre sera appelée "gigoter au bout de la corde" ou plus communément "danse des pendus")... en vain.

Mandragore

Au Moyen Âge, ce type de spectacle était fort populaire auprès des foules (d'autant que les victimes étaient présentées nues comme des vers). Je vous passe les détails les plus crus (histoire de ne pas choquer les rares âmes sensibles qui me lisent) mais je tiens à préciser que cette débauche de nudité sera tempérée en émasculant les hommes et en faisant porter une jupe aux femmes... Il faut croire que rendre le châtiment plus "humain" était en option...

Un arrachage risqué :

"Quia tantam fertur ipsa herba habere divinitatem, ut qui eam evellet, eodem momento canem decipiat."
- Pseudo-Apulée, Herbarius.

Traduction :

"Car on dit que cette racine a en soi une telle puissance divine que, lorsqu'elle est extraite, au même moment, elle tue aussi le chien."
- Pseudo-Apulée, Herbarius.

Cet extrait qui ferait larmoyer tout défenseur de la cause animale (dont je fais partie, n'en doutez pas) détaille un moment clé du rituel qui permet de s'approprier une Mandragore sans risque (ou presque).

Plutôt que de débuter ce chapitre avec de longues explications et analyses, je préfère vous faire lire une série d'extraits tirés du plusieurs ouvrages assez réputés (et obscurs à la fois) dans le domaine. Vous y trouverez une foultitude d'explications sur l'arrachage de la Mandragore et nous décortiquerons ces données au fur et à mesure (cette méthode devrait vous aider à entrer plus aisément dans le vif du sujet)...

Premier extrait - tiré du Dictionnaire Infernal :

"...mais on ne pouvait l'arracher sans mourir. Pour éviter ce malheur, on creusait la terre tout autour, on y fixait une corde attachée par l'autre extrémité au cou d'un chien ; ensuite ce chien, étant chassé, arrachait la racine en s'enfuyant ; il succombait à l'opération, mais l'heureux mortel qui ramassait alors cette racine ne courait plus le moindre danger et possédait un trésor inestimable contre les maléfices."
- Collin de Plancy, Dictionnaire Infernal.

Second extrait - tiré des récits des frères Grimm :

"Il y a de grands dangers à l'arracher de terre, attendu que lorsqu'on l'a déracinée, elle pousse des gémissements, des cris et des hurlements si insupportables que celui qui la déchausse meurt sur-le-champ. Aussi, pour l'obtenir, voici comment il faut s'y prendre : le vendredi, avant le lever du soleil, après s'être bien bouché les oreilles avec du coton, de la cire ou de la poix, on sort, accompagné d'un chien tout noir, qui n'a sur le corps aucune autre tache ; on fait trois croix sur la Mandragore, puis l'on ôte la terre tout autour, de manière à ce que la racine ne reste plus attachée au sol que par de petits filaments. On l'attache ensuite avec une ficelle à la queue du chien, à qui l'on présente un morceau de pain, et l'on court à toutes jambes. Le chien, qui veut le pain, suit et arrache la racine, mais tombe mort aussitôt, frappé par ses gémissements."
- Jacob et Wilhelm Grimm.

Passé la lecture de ces deux textes rédigés par trois grands noms du folklore, il est facile de voir que les deux extraits sont forts similaires au niveau de leurs contenus respectifs. Un "détail" technique semble être mis en évidence : ne jamais cueillir la Mandragore soi-même, sous peine de périr dans les plus brefs délais ! Cette tradition a perduré assez tardivement vu que les frères Grimm ont rédigé leurs écrits dans le courant du XIXème siècle.

Mandragore
Imitation d'un manuscrit d'herboristerie assez originale (créée par xympmyx).

Si nous pouvons plus ou moins trouver le déclin de cette croyance, qu'en est-il de son origine ?

Il semble que le texte le plus ancien au sujet de cette étrange propriété que possède notre solanacée remonterait au premier siècle. Dans sa "Guerre des Juifs" (oui c'est bien le titre d'un ouvrage), Flavius Josèphe décrit une plante étrange (que le théologien allemand Hugo Rahner a identifié comme étant la Mandragore) qui porte le nom de Baaras (la plupart des commentateurs de cet extrait semblent s'entendre sur le fait que ce nom est un dérivé de la région - située sur les pentes du Mont Liban - où ce végétal a été découvert) et, les lignes qui vont suivre, vont nous offrir d'intéressantes informations au sujet de cette fameuse plante.

Troisième extrait - tiré de la Guerre des Juifs :

"C'est la mort certaine pour qui la touche, à moins d'arriver à emporter la racine elle-même pendue à la main. Il y a également une autre façon inoffensive de s'en emparer et qui est la suivante : on creuse tout autour en laissant juste de quoi couvrir la racine ; ensuite on y attache un chien qui, en s'élançant pour suivre la personne qui l'a attaché, arrache la racine facilement mais meurt sur-le-champ, comme victime de substitution pour le compte de celui qui voulait arracher la plante, puisqu'après cela on peut l'emporter sans crainte. Avec tous les dangers, elle est recherchée pour une seule vertu : en effet, ce qu'on appelle les Démons - qui sont les esprits des hommes méchants qui pénètrent dans le corps des vivants et provoquent leur mort si les gens sont privés de secours - ces Démons sont facilement expulsés au moyen de cette herbe, même si elle est simplement appliquée sur les patients."
- Flavius Josèphe, Guerre des Juifs.

Il n'est nul besoin, je suppose, de vous préciser que la description que vous venez de parcourir est assez fidèle à celles faites plus haut...

Un autre extrait plus tardif (IIème siècle) déniché dans les écrits d'Élien Meccius (que ceux qui se sentent perdus se rassurent, je me ferai une joie de détailler tous ces noms et termes exotiques dans les informations complémentaires) parle d'une autre plante également mal identifiée... Elle porte les noms de "kunospastos" (terme grec qui signifie : "arrachée par un chien" selon Jean-Loïc Le Quellec) et "aglaophôtis" (pourrait se traduire par : "brillante lumière" vu qu'"aglaos" signifie "brillant" et "phôs", "lumière").

Toujours selon Jean-Loïc Le Quellec, le nom "aglaophôtis" est peut-être un terme générique qui était utilisé pour désigner toute plante considérée comme "brillante" ou "lumineuse" comme l'est la pivoine, mais aussi la Mandragore...

Bref, il est grand temps de nous plonger dans le dernier extrait issu des ouvrages de notre ami Meccius...

Quatrième extrait - tiré des écrits d'Élien Meccius :

"Les gens n'arrachent pas cette plante eux-mêmes, sinon ils auraient sûrement à la regretter. Si effectivement personne ne dégage ses racines et ne l'arrache à la main, c'est que, paraît-il, le tout premier homme à avoir, par ignorance de la nature intime de la plante, porté la main sur elle, mourut peu de temps après. Aussi font-ils venir un jeune chien qui a été privé de nourriture pendant plusieurs jours et se trouve donc affamé ; ils l'attachent à une corde de sparte très résistance qu'ils passent, à l'autre bout, autour de la tige de la plante en faisant un noeud très solide et ils se tiennent aussi loin d'elle que possible. Ils présentent ensuite au chien une grande quantité de viandes rôties qui exhalent un fumet appétissant. Le chien, affamé et excité par l'odeur, se précipite sur les viandes qui sont devant lui et, dans son élan, arrache la plante avec la racine. A l'instant même où le soleil aperçoit les racines, le chien meurt. Les gens l'enterrent sur place, et c'est seulement après avoir accompli divers rites mystérieux et rendu les honneurs au corps du chien qui est mort pour eux qu'ils se risquent à toucher la plante et qu'ils la ramènent chez eux."
- Élien Meccius.

Vous pouvez constater, après lecture des différents extraits, que la Mandragore ne peut être cueillie qu'avec mille et une précautions et selon un modus operandi bien particulier...

Mandragore
Illustration deVredewyrd.

En farfouillant un peu dans d'autres écrits, il est amusant de voir que d'autres auteurs (notamment Paracelse, l'illustre alchimiste suisse du XVIème siècle) se sont amusés à mettre leur grain de sel dans les écrits antiques, histoire de compliquer la "technique de cueillette" de la plante, qui était pourtant déjà assez fastidieuse sans qu'on en rajoute une couche.

Selon les conseils de l'alchimiste, il est sage d'opérer la nuit du vendredi (lorsque les solanacées deviennent lumineuses après l'orage) et de les chercher à proximité des gibets (un lieu de crémation ou les vestiges d'un supplice peuvent également faire l'affaire comme je l'ai déjà précisé au chapitre précédent).

Une fois la "pomme de chien" découverte, il faudra dégager la racine (sans la cueillir et sans oublier de se boucher préalablement les oreilles avec de la cire, sous peine de devenir fou ou de succomber à sa malédiction), tracer trois cercles concentriques à l'aide d'un poignard rituel (la cérémonie, qui dérive des écrits de Théophraste, serait accompagnée de chants et "prières" mais je n'ai aucune certitude sur ce détail précis), passer une corde autour de la plante et enfin, placer l'autre extrémité au cou d'un chien noir et affamé...

Dès que tous les préparatifs sont mis en place, il faut exciter le chien à l'aide d'un cor pour qu'il parte au loin, tirant sur la corde du même coup et provoquant l'arrachage de la Mandragore qui poussera un cri d'agonie insupportable, et provoquera le décès de l'infortuné canidé (sans oublier celui de l'officiant qui ne s'est pas bouché les oreilles ou assez éloigné de la zone).

Il semble donc exister un grand nombre de méthodes pour cueillir ce dangereux végétal mais toutes ont pour base le sacrifice d'un chien noir... du moins si l'on oublie la version de Gustave le Rouge :

"Il ira chercher la précieuse plante dans les ruines, dans les cavernes et il ne sera jamais plus satisfait que s'il arrive à en déterrer une dans quelque cimetière humide.

Il la cueillera alors un vendredi, à minuit, au décours de la lune, après avoir égorgé une poule noire et tracé un cercle magique avec son doigt trempé dans le sang, cérémonie qui est encore un vague souvenir de la façon de cueillir la Mandragore indiquée par Pline et par Théophraste. Pendant cette cérémonie, il récitera à rebours un des sept psaumes de la pénitence, ou quelque formule du Petit Albert, à moins que la tradition ne lui ait légué un rituel magique, à lui personnel, ce qui est assez fréquent."
- Gustave le Rouge, La Mandragore magique.

En prenant la quintessence de toutes ces données, il semble évident que la notion de sacrifice est la partie clé du rituel d'arrachage de la plante (ce qui confère, d'une certaine manière, un côté divin à l'"herbe au magicien"). Mais quel est le lien (sans ironie aucune) qui relie la Mandragore au chien noir évoqué dans tant de textes ? Quelles symboliques sont attachées à ces deux créatures ?

C'est ce que nous tenterons de découvrir dans le chapitre qui va suivre...

Informations complémentaires :

- Pseudo-Apulée ou Sextus Apuleius Barbarus (un ravissant sobriquet pour tourner des films pour adultes) est censé être le créateur de l'Herbarius...

On ignore presque tout de ce mystérieux personnage et l'on ne peut faire que de vagues suppositions à son sujet. On pense qu'il était un étudiant de la philosophie platonicienne et qu'il résidait en Afrique du Nord, près de Carthage (vu qu'il décrit plusieurs espèces assez typiques de la région).

- L'Herbarius est tout simplement un herbier qui décrit près de 131 espèces de plantes (dont la Mandragore), leurs propriétés et la façon de s'en servir en médecine. Probablement d'origine grecque et écrit vers le IV ou Vème siècle, l'Herbarius sera imprimé vers 1481.

Il existe encore à ce jour une version du VIème siècle conservée à Leyde (en Hollande).

Au sein de ce livre, un fait amusant mérite d'être mentionné : selon l'auteur, il est fortement déconseillé d'employer du fer pour trancher les racines de la solanacée.

Il est bien connu que la plupart des Élémentaires abhorrent ce métal (si l'on oublie les Redcaps), donc, est-ce une façon déguisée pour interdire le fait de couper la Mandragore, ou est-ce en lien avec cette tradition bien spécifique ?

- Jacob et Wilhelm Grimm (consultez le chapitre intitulé : "Ces illustres conteurs" dans le lien, pour avoir plus de précisions sur les deux frères) sont deux linguistes et philologues allemands du XVIIIème siècle qui ont passé une grande partie de leur existence à collecter (et préserver) les contes (principalement des légendes allemandes et danoises).

Mandragore
Illustration assez apaisante de Lisa A. Grabenstetter.

- La Guerre des Juifs est un récit en 7 volumes (rédigés par Flavius Josèphe) dont la majeure partie des écrits nous relatent avec force détails le premier conflit judéo-romain (qui s'est déroulé entre 66 et 73 après J.C.).

- Flavius Josèphe (ou Yossef ben Matityahou HaCohen qu'on pourrait traduire en : "Joseph fils de Matthias le prêtre") était un historiographe (sorte de chroniqueur) d'origine juive. Il a vécu durant le premier siècle et son oeuvre littéraire est considérée comme l'une des sources d'informations principales sur les conflits de son époque entre Rome et Jérusalem (même si elle est loin d'être exempte de défauts et incohérences selon les historiens).

- Hugo Rahner, prêtre jésuite et théologien allemand a vécu au début du XXème siècle. Passé son doctorat en philosophie, il enseignera dans l'université d'Innsbruck (en Autriche) où il finira par en devenir le directeur, puis le doyen.

- Le terme Baaras (ou "Ba'arah") pourrait bien être une déformation de : "Yabruha" ("donneur de vie"), un terme employé par les traducteurs syriaques et araméens. Son origine remonterait aux musulmans iraniens et turcs qui ont ensuite transmis le mythe en Asie. Le nom "Yabrûh" sera au passage mal interprété (au niveau des sonorités) par les Chinois qui modifieront le terme en : "Yah-puh-lu"

- Le Mont Liban est une chaîne de montagnes du Liban (logique me direz-vous) qui borde la mer Méditerranée et dont le sommet culmine à plus de 3000 mètres (ce qui fait de lui le plus haut relief montagneux du Proche-Orient).

- Élien Meccius était un médecin italien du IIème siècle qui a écrit deux livres : les "Histoires diverses" et l'"Histoire des animaux" (on pense qu'il en a produit un troisième : la "Tactique", mais ce dernier a plus probablement été créé par Élien le tacticien - un Grec qui résidait à Rome et avait tout ce qui a trait à l'armée pour sujet de prédilection).

Bercé par les écrits de Platon, Aristote et Isocrate, Élien se fera un devoir de n'écrire qu'en grec (d'où la probable confusion avec son condisciple).

Notre zoologiste en herbe (vous pouvez vous plaindre de la piètre qualité de ce trait d'humour) résidera toute sa vie en Italie sans jamais se marier et il s'éteindra à l'âge de 60 ans.

- Jean-Loïc Le Quellec (né en 1951), est un anthropologue (étude de l'être humain) et ethnologue (spécialisé dans la Préhistoire) qui écrit de nombreux ouvrages sur l'art rupestre au Sahara mais également sur le folklore français.

- Paracelse ou Philippus Theophrastus Aureolus von Hohenheim était un fameux alchimiste, astrologue et médecin de la Renaissance.

Hormis le fait qu'il était un pionnier dans la médecine, dans l'utilisation des produits chimiques et minéraux (il est l'inventeur du mot "zinc" par exemple), Paracelse était fort versé dans les domaines plus occultes. Il sera notamment le premier à écrire un livre (en 1530) sur la fabrication des Homonculus (ou Homoncules, un sujet qui sera légèrement abordé plus tard dans cet article).

Dans un autre de ses livres ("Le livre des Nymphes, des Sylphes, des Pygmées, des Salamandres et de tous les autres Esprits"), Paracelse nous décrit des races sans âme qui vivent dans les quatre éléments : les Nymphes peuplent les flots, les Sylphes voltigent dans les airs, les Pygmées (dans certaines versions il s'agit de Gnomes) creusent la terre et les Salamandres dansent dans les flammes (inutile de préciser qu'il s'agit là des fameux Élémentaires qui séjournent dans mes articles).

- Gustave le Rouge (appelé aussi : Gustave Henri Joseph Le Rouge), né à Valognes (France) en 1867 et mort à Paris en 1938, exerçait la profession de journaliste et d'écrivain.

Gustave le Rouge semble avoir écrit un nombre impressionnant d'ouvrages qui portent sur des thèmes variés (romans, poèmes, pièces de théâtre, romans d'aventure et de science-fiction,...). Le sujet suivant fait d'ailleurs partie de son travail.

- La Mandragore magique est un essai de Gustave le Rouge. L'auteur analyse les documents anciens et "récents" (1912 n'est pas une année de première fraîcheur) pour réfuter certaines données et en souligner d'autres (le récit est en sus émaillé de nombreuses anecdotes fort intéressantes sur le sujet).

- Pline l'Ancien était un naturaliste et écrivain latin qui a vécu durant le premier siècle (il mourra bêtement durant l'éruption du Vésuve alors qu'il tentait d'observer cette dernière de plus près).

On lui doit surtout sa monumentale encyclopédie composée de 37 volumes et appelée l' "Histoire naturelle".

- Théophraste, le philosophe grec (du IVème siècle avant J.C.) était un élève d'Aristote passionné par la botanique, la zoologie et l'alchimie.

- Le Petit Albert, vague cousin du Grand Albert, est un ouvrage (imprimé pour la première fois en 1668) hétéroclite qui contient des conseils pour l'agriculture, des recettes de cuisine, mais également le moyen de créer une "Main de Gloire" (nous en parlerons également plus tard dans l'article), la façon de tromper une Mandragore, des descriptions des habitants des quatre éléments, la technique pour fabriquer des talismans,...

Mandragore
Un nourrisson Mandragore (par Miriam Ross).

Si ses textes sont souvent anonymes, on peut toutefois y reconnaître la marque de grands auteurs comme Paracelse et Albert le Grand.

L'ouvrage sera très mal vu par l'église (qui l'assimile forcément à la Magicologie noire...) et lu en cachette (ce dernier aura un succès phénoménal malgré sa mauvaise publicité, au grand bonheur de son éditeur).

- En résumé, la Magicologie noire (ou "nigromancie") est une forme de magie qui ne possède pas une très bonne réputation. Centrée sur les désirs de la personne (acquérir des richesses, envoûter, nuire à son prochain,...), cet art mystique provoque souvent bien des maux aux êtres ciblés mais également aux lanceurs de sorts (un principe de base de la magie veut que les effet d'un sort lancé se répercuteront toujours par trois fois sur le lanceur... il est fortement conseillé dans ce cas d'être bienveillant avec votre cible, sous peine d'en subir les conséquences).

- Saint Albert le Grand (Albrecht von Bollstädt de son vrai nom) était un frère dominicain allemand. Né vers le début du XIIIème siècle, il était versé dans la théologie, la philosophie, la zoologie et la chimie.

Doté d'un grand bagage culturel, Albert le Grand a laissé derrière lui une quantité non négligeable d'ouvrages sur les sciences naturelles.

Je me dois de préciser que le livre intitulé : "Grand Albert" (ainsi que son cousin le "Petit Albert") n'est pas de lui (même s'il contient quelques bases de son enseignement).

La corde curative :

Pour débuter notre enquête, examinons donc quelques données liées à la médecine de l'Antiquité (associées aux conclusions de la thèse de Jean-Loïc Le Quellec) :

"Aux gens tristes, malades et qui veulent s'étrangler, faites prendre le matin en boisson la racine de la Mandragore à dose moindre qu'il ne faudrait pour causer le délire."
- Hippocrate, Oeuvres complètes.

Si Hippocrate prescrivait la Mandragore pour soigner les sujets mélancoliques, Galien quant à lui, conseillait l'usage de la plante pour combattre "l'excès de bile noire". D'autres confrères varieront légèrement le modus operandi (mode opératoire).

Aulus Cornelius Celse recommandait (dans son "De medicina libri octo") de placer les fruits de la solanacée directement sous les oreilles des mélancoliques et Dioscoride ajoute que c'est : "le jus pris en vin miellé... qui évacue par la bouche, et par vomissement, les humeurs mélancoliques."

Petite parenthèse au passage : il existe une version christianisée de cette "purge" de mélancolie qui a été écrite au XIIème siècle par Hildegarde de Bingen dans son : "Livre des Subtilités des Créatures Divines". Par contre, étant donné que cet ouvrage s'approprie honteusement des traditions antérieures au christianisme, en y incorporant au pied de biche des "bondieuseries" (si vous me passez l'expression) qui n'ont rien à faire là... ne vous étonnez pas si je me refuse à retranscrire ladite recette...

Les médecins de l'Antiquité prescrivaient donc cette plante principalement pour lutter contre la mélancolie qui pouvait assaillir leurs patients. Le premier texte met également en lumière le rapport entre l'étranglement des malades et la tradition qui veut que les Mandragores poussent au pied des pendus ; la "pomme de chien" combat le désespoir qui assaille certains patients, un désespoir qui pouvait conduire au suicide (illustré probablement par la pendaison).

Le lien entre les deux éléments semble fait, mais est-ce l'unique explication ? ou s'agit-il seulement de l'un des fils qui forment une tapisserie de symboliques plus vaste qu'il n'y paraît ?

Mandragore
Une myriade d'êtres protéiformes semblent se former sur les racines de la Mandragore (création de Patabot).

En examinant les illustrations de certains traités d'herboristerie, la plante et le canidé semblent s'étrangler mutuellement.

A ce propos, le texte de Dioscoride (dont vous avez eu un extrait un peu plus haut) est accompagné d'une image où la Mandragore est encordée par un lien qui enserre également le cou d'un chien mort, la gueule béante, et montré à la verticale, comme pendu au végétal.

Selon Jean-Loïc Le Quellec, le pauvre animal serait victime d'esquinancie - tirée du terme latin "cynanche" (qui désigne une "sorte d'angine où le malade tire la langue"), lui-même issu du grec "kunanchê" (pouvant se traduire par : "collier de chien").

Dans l' "Histoire des Animaux" d'Aristote, l'esquinancie est considérée avec la rage (lussa) et la goutte (podagra), comme une maladie typique des chiens.

En Grèce, le symbole de la strangulation canine ne peut qu'évoquer le "collier canin de l'angoisse", qui désigne tout simplement le "resserrement" de la gorge, craint lors des périodes caniculaires.

En sus de tous ces termes médicaux antiques (et cryptiques), il faut savoir que la médecine ancienne reliait chaque plante avec une planète en correspondance et chaque planète avec une partie du corps humain (ce principe est encore employé en Magicologie).

Par exemple, en nous basant sur le "Tetrabiblos" de Ptolémée, nous pouvons voir que "Kronos" (Saturne) est le maître de la rate" alors qu'Aphrodite (Vénus) est la gardienne de l'odorat.

Pour compliquer l'affaire, il faut encore préciser que la position des planètes dans les signes du zodiaque peut influer sur les propriétés (curatives) des plantes qui vont guérir les parties du corps qui dépendent du même signe zodiacal qu'elles (vous suivez toujours ?).

Dans le traité astrologique rédigé par le Pseudo-Salomon (n'ayant pu trouver l'ouvrage et le fameux personnage, ne prenez pas cette information pour argent comptant), la Mandragore est une plante associée au signe du Cancer ("Karkinos"), censé régir le corps humain, de la poitrine au ventre (selon Ducourthial).

Sachant cela, nous pouvons en déduire que la plante est associée à l'astre lunaire, qu'elle est liée à l'élément de l'eau (ce qui n'est guère une surprise vu que la Mandragore sert à guérir et protéger) et qu'elle agit principalement sur la rate, organe censé (selon la médecine de l'époque) sécréter la bile noire, responsable des accès de mélancolie.

Tous ces éléments mis bouts à bouts, nous pouvons plus ou moins voir que le chien est une sorte d'ennemi héréditaire de notre solanacée, puisqu'il tente de la déraciner... en réponse à cette agression, la plante réplique en étranglant son adversaire.

Mandragore
Dessin au trait d'une Mandragore (par Silvia Pedrina).

Pour confirmer cette théorie de Jean-Loïc Le Quellec, il faut savoir que dans l'Antiquité on prétendait que l'organisme du chien était dominé par la rate (associée à Saturne), qui est censée sécréter la fameuse bile noire.

L'adversaire de la Mandragore semble cependant "récompensé" pour son sacrifice. En relisant le morceau de texte (voir le quatrième extrait dans le chapitre intitulé : "Un arrachage risqué") rédigé par Élien Meccius, on peut y voir que les pratiquants ne touchent pas à la plante avant d'avoir correctement enterré le chien sur place ("rendu les honneurs au corps du chien"). L'animal est donc presque mis en terre comme un humain... une fin honorable pour saluer son triste sacrifice.

Notre enquête sur le lien qui unit la Mandragore et son compère n'est pas encore terminée. Si l'étude de textes de la médecine antique nous ont apporté beaucoup, l'analyse des symboliques rattachés à ces deux créatures devrait nous offrir d'étonnantes découvertes...

Informations complémentaires :

- Né vers 460 avant J.C. sur l'île de Cos (île grecque faisant partie de l'archipel du Dodécanèse), Hippocrate, considéré comme le père de la médecine (vu qu'il est le plus ancien médecin grec dont les historiens ont pu trouver la trace), est aussi le fondateur de l'école éponyme (spécialisée, ô surprise, dans le charcutage de son prochain), qui fera de cet art qu'est le domaine médical une profession à part entière.

N'oublions pas également qu'il est plus ou moins à l'origine du serment d'Hippocrate, sorte de voeu que tout manieur de scalpel ou stéthoscope occidental se doit de prêter avant d'entamer sa profession.

- Claude Galien (ou Claudius Galenus) était un médecin grec (oui encore) du IIème siècle qui résidait à Pergame (ville d'Asie Mineure située dans l'actuelle Turquie).

Outre le fait qu'il est vu comme l'un des pères fondateurs de la pharmacie, Galien a rédigé près de 500 ouvrages (dont il n'en reste aujourd'hui qu'une poignée) et réalisé des opérations chirurgicales assez extrêmes (se faire ôter la cataracte en se faisant insérer une grande aiguille dans l'oeil... le tout sans anesthésie, n'est pas vraiment ce qu'on peut appeler une peccadille).

- Aulus Cornelius Celse, écrivain et médecin de son état, a manié la plume et le scalpel durant l'Antiquité au sein de la métropole romaine.

"De medicina libri octo", écrit par ses soins, est son huitième ouvrage (le seul à nous être parvenu) et condense toutes les données médicales accumulées depuis Hippocrate.

- Hildegarde de Bingen (Hildegard von Bingen) était une religieuse bénédictine du XIIème siècle qui, à l'automne de sa vie, consignera les visions mystiques qui l'assaillent depuis son plus jeune âge dans divers ouvrages.

Elle est également connue en linguistique pour sa "Lingua Ignota", une langue inventée par ses soins et composée de 23 caractères.

Mandragore
Une illustration que je trouve étrangement assez bien placée pour cette fin de chapitre (créée par Libertad Delgado Rodríguez).

- Le "Livre des Subtilités des Créatures Divines" (appelé probablement : "Liber divinorum operum simplicis hominis" pour son titre original) est un ouvrage rédigé par Hildegarde de Bingen (qui contient entre autre une forme remaniée de l'utilisation de la Mandragore pour lutter contre la mélancolie d'un patient).

- Philosophe antique (originaire de l'état grec de Macédoine) né en 384 avant J.C., Aristote sera le disciple de Platon pendant plus de 20 ans.

Après cette longue période d'apprentissage sous l'aile de son mentor, il s'éloigne de Platon, fonde sa propre école : l'école péripatéticienne (il s'agit, vous l'aurez compris, d'une école philosophique, donc, sans grand rapport avec un troquet où l'on échange sa "menue monnaie" contre des services charnels).

Véritable encyclopédie sur pattes, Aristote s'intéresse à de nombreux domaines (le théâtre, la musique, la biologie, la physique,...). Il dispensera d'ailleurs son savoir à l'illustre Alexandre le Grand (l'un des plus grands conquérants de l'histoire... pour ceux qui dormaient au fond de la classe), en devenant son précepteur.

- L' "Histoire des Animaux" (appelée également : "Historia Animalum") est un ouvrage de zoologie rédigé vers 343 avant J.C. par Aristote.

Ce livre répertorie près de 400 espèces animales classées en deux catégories : les animaux qui ont du sang (enaima) et ceux qui en sont dépourvus (anaima). Il est aisé de deviner que la première catégorie regroupe les vertébrés et la seconde les invertébrés.

- Claude Ptolémée (Claudius Ptolemaeus pour les latins) était un astronome et astrologue grec du Ier et IIème siècle qui résidait à Alexandrie (ville antique d'Égypte, fondée par Alexandre le Grand et rendue célèbre pour sa bibliothèque).

Notre amateur d'astres nous a légué une bibliothèque assez complète et traitant de sujets variés. En farfouillant un brin, on peut dénicher : un traité d'astronomie, un ouvrage sur la géographie et la manière de réaliser des cartes, un traité de musicologie (sur les principes mathématiques de la musique), un livre sur l'optique et les propriétés de la lumière,... bref, il y en a pour tous les goûts !

- Le Tetrabiblos est une encyclopédie d'astrologie écrite en grec par Ptolémée.

- Aphrodite (ou Vénus pour les Romains), déesse greco-romaine de la fécondité, de l'amour et de la sexualité, est l'épouse du difforme mais divin Héphaïstos (dieu igné des volcans, des forges et de la métallurgie).

Elle serait née suite à la castration d'Ouranos par son rejeton Cronos.

- La bile noire ou atrabile (appelée également "mélancolie") désigne, dans la médecine antique (la théorie des humeurs pour être précis), un fluide froid et sec qui provoque la mélancolie et l'hypocondrie chez les patients.

- La théorie des humeurs est l'un des fondements de la médecine antique. Selon ce principe, tout être est constitué des 4 éléments fondamentaux (l'eau, l'air, la terre et le feu). Ces éléments possèdent 4 qualités : chaud ou froid, sec ou humide.

Au sein du corps humain, ces 4 fondamentaux s'opposent les uns aux autres (le feu fait s'évaporer l'eau, tandis que l'eau fait s'éteindre les flammes) mais doivent être présents à parts égales dans l'organisme pour assurer la bonne santé de l'individu (si un déséquilibre mineur peut provoquer des "sautes d'humeur", un déséquilibre majeur peut coûter la vie au patient).

Le canidé et la solanacée - Sirius aux mâchoires embrasées :

La plupart des commentateurs semblent s'accorder sur le fait que le chien noir employé pour arracher la Mandragore est un animal lié à la mort et au monde souterrain (les Enfers grecs où règne Hadès). Pour preuve, il est souvent employé pour incarner l'un des aspects de la déesse Hécate (divinité lunaire associée à la mort et à la magie).

Mandragore
Une Mandragore femelle (conçue sous le pinceau d'Emma Lazauski).

Jean-Loïc Le Quellec (qu'il n'est plus nécessaire de présenter je suppose) a toutefois une autre théorie sur la question.

Selon lui, notre ami à quatre pattes est censé mettre en valeur une symbolique caniculaire attachée à la Mandragore (lorsque le chien figure aux côtés de la solanacée)... Je suppose, à juste titre, que cette explication vous laisse perplexe... je vais donc vous expliquer cette intéressante théorie plus en détail, histoire d'éclairer votre lanterne.

S'il est aisé de décrire ce qu'est une canicule (période de fortes chaleurs), trouver l'origine de ce mot l'est beaucoup moins.

En fait, la canicule (appelée parfois : "petite chienne" ou "canicula" en latin) est l'un des autres noms pour Sirius (l'étoile majeure de la constellation du Grand Chien). Lorsque l'astre se lève et se couche en même temps que le Soleil, c'est un signe qui marque le début des grandes chaleurs (période qui va du 22 juillet au 23 août), où règneront la soif et la sècheresse (pas de bon augure donc).

La description suivante (faite par l'astronome Marcus Manilius) vous confirmera d'ailleurs que l'apparition de Sirius n'était pas vue d'un très bon oeil :

"Lorsque le Lion commence à nous montrer sa terrible gueule, le Chien se lève, la canicule vomit des flammes : l'ardeur de ses feux la rend furieuse, et double la chaleur du soleil. Quand elle secoue son flambeau sur le globe, et qu'elle nous darde ses rayons, la terre, presque réduite en cendre, semble être à son dernier moment ; (...) le monde aurait besoin d'un autre monde, où il pût se réfugier. La nature, au milieu de cet incendie, éprouve des maux dont elle-même est la cause, et elle vît en quelque sorte sur son bûcher ; tant est grande la chaleur répandue par tout le ciel !"
- Marcus Manilius, Astronomica, Livre V.

Le lion désigne bien entendu l'astre solaire, tandis que le chien représente Sirius.

Pour rester dans le thème (et terminer en beauté), parcourons un texte plus ancien (produit par le poète grec Aratos de Soles) qui ne tarit pas non plus "d'éloges" sur ce "chien de mauvais augure" :

"L'extrémité de sa mâchoire est remarquable à une étoile ardente que les hommes appellent Sirius. Quand il se lève avec le soleil, les arbres ne peuvent éviter la violence de ses feux, leurs feuilles se dessèchent, et il pénètre vivement au travers de leurs fibres, durcissant les uns, dépouillant les autres de leur écorce, et nous éprouvons son ardeur même quand il se couche. Les autres étoiles marquant ses membres brillent autour de lui, mais d'une lumière plus faible."
- Aratos de Soles, Phénomènes.

Informations complémentaires :

- Les Enfers grecs (appelés parfois l'Hadès) forment le royaume souterrain où les morts sont jugés après leur trépas. L'endroit est divisé en plusieurs sections (l'Érèbe, les Champs Élysées, le Tartare,...) dont je réserve la description pour un article prochain.

- Frère de Zeus et Poséidon, Hadès (ou Pluton chez les Romains) est celui qui règne sur la Terre (pendant que ses frères gouvernent le Ciel et la Mer).

Époux de Perséphone (qui est également une divinité chtonienne) et gardien des Enfers, Hadès possède un casque merveilleux (la Kunée) qui a la propriété de rendre son porteur invisible (le héros Persée aura le privilège de l'utiliser pour vaincre la Gorgone Méduse).

- Hécate, fille du Titan Persès (Les Titans sont des divinités primordiales greco-romaines qui ont régné avant les dieux de l'Olympe), est l'un des aspects de la trinité lunaire (avec Séléné qui représente la pleine lune et Artémis le croissant). Elle incarne la nouvelle lune, souvent associée à la mort.

Hécate
La déesse Hécate (superbement illustrée par Vincent Devault).

Divinité dualiste et chtonienne, elle est à la fois une déesse protectrice de la fertilité et déité des ombres et des morts.

Réputée pour susciter les cauchemars, elle incarne les désirs refoulés de l'inconscient. Elle est d'ailleurs souvent accompagnée par des Érinyes, qui elles, personnifient le remord et la culpabilité.

Maîtresse des arts magiques, elle est souvent invoquée par les magiciens de tous poils.

Outre ses talents magiques, elle est censée être la mère de la Nymphe Scylla (du moins selon certaines versions).

- Séléné est la déesse qui personnifie la pleine lune. Décrite comme une femme ravissante et très pâle (parfois dotée d'une paire d'ailes immaculées dans le dos). Vêtue de longues robes blanches ou argentées elle est également coiffée d'un croissant de lune retourné.

Les Romains la rebaptiseront Luna.

- Artémis (ou Diane), déesse de la chasse (armée d'un arc d'or) et de la lune, est la fille de Zeus et Léto (qui selon certaines versions est l'épouse légitime du père des dieux avant qu'il ne se marie avec Héra).

N'oublions pas également que la chasseresse lunaire est également la soeur d'Apollon (dieu solaire des médecins et poètes).

- Sirius, l'étoile principale de la constellation du Grand Chien est considérée comme étant l'astre igné le plus brillant vu de la Terre (après le Soleil bien entendu).

- La constellation du Grand Chien, considérée comme l'une des plus ancienne, doit probablement être liée à un illustre canidé de la Grèce Antique. On peut par exemple songer à :

- Lélaps, qui était l'un des grands chiens de chasse d'Actéon (un chasseur changé en cerf et dévoré par ses propres canidés pour avoir eu l'audace de se rincer l'oeil devant Artémis alors que cette dernière se baignait).

- Argos le lévrier d'Ulysse, récompensé par Zeus pour avoir attendu 20 longues années le retour de son maître (parti à la guerre de Troie)...

Bref, le choix en matière de vaillants compagnons poilus ne manque pas (à vous de choisir celui qui semble le plus apte à remplir ce rôle, les paris sont ouverts).

- Marcus Manilius était un poète latin (astrologue à ses heures) du premier siècle avant J.C. Célèbre pour avoir rédigé un gigantesque poème didactique sur l'astrologie et l'astronomie (l'Astronomica, qui est divisé en 5 livres).

- Aratos de Soles, le poète grec du IIIème siècle avant J.C. (déjà évoqué dans l'article sur Pégase) a rédigé également un long poème sur l'astronomie (ledit poème servira de référence en la matière des siècles durant).

L'Élémentaire igné :

Nous arrivons enfin à la conclusion de cette "petite" enquête, il est donc grand temps de boucler cette dernière avec panache, en faisant un peu de philologie (l'étude d'un langage en comparant divers documents écrits afin d'en extraire le contenu originel), dans le but de découvrir les affinités élémentaires de notre perce tympans (sobriquet ridicule, j'en conviens, mais il faut bien varier les surnoms).

De prime abord, il est évident que la Mandragore est liée à l'élément de l'eau (pour ses propriétés de guérison et de protection) et à celui de la terre (ses racines sont en contact permanent avec ce dernier). Mais, en grattant un peu, un élément nouveau pourrait bien faire son apparition... Voyez plutôt.

Si vous vous souvenez un peu du chapitre intitulé :"Un arrachage risqué" (voyez plus haut dans l'article), nous parlions des plantes appelées Baaras. Selon Laurens Catelan, ledit nom (offert généreusement par Flavius Josèphe) veut dire en Hébreu : "Inflammable".

Cette hypothèse, vraie ou non, confère à la "pomme de chien" un lien étroit avec l'élément embrasé et cette théorie linguistique est également renforcée par d'autres données issues de diverses langues et cultures.

Par exemple, le terme arabe "sirâj-el-qutrub" (qui se traduit : "chandelle du Démon") se rapporte assez bien au feu. Que dire aussi des propos du botaniste Al Idrissi que voici :

"La partie interne de l'écorce de sa tige luit dans la nuit... au point qu'on la croirait embrasée."
- Al Idrissi.

Et n'oublions pas le médecin italien Élien Meccius qui appelle la plante "aglaophôtis" (aglaos : "brillant" et phôtis : "lumière") et mentionne que cette dernière "rayonne et ressemble à du feu".

Ajoutons à la liste un court extrait tiré des "Histoires prodigieuses" de Pierre Boiaistuau (dont le chapitre sur les propriétés des plantes est orné d'une superbe illustration où figure un chien attaché à une énorme Mandragore, qui crache des flammes, pareille à un flambeau) :

"Baaran, dont cette racine est dicte Baara, est une vallée en Judée, région treschaulde, et abondante en Bitumen, duquel Bitumen la portion trop cuitte et tressubtile distilloit des montaignes, de laquelle... cette racine estoit engendrée, et... le venin ne s'expiroit en rien, et estoit la substance chaulde, comme feu, laquelle quand elle estoit arrachée, la vapeur ardente, et putride, receuë au cerveau de celuy qui l'arrachoit, incontinent le faisoit mourir."
- Pierre Boiaistuau, Histoire prodigieuses.

Mandragore Histoires prodigieuses
Illustration tirée des "Histoires prodigieuses" de Pierre Boiaistuau.

Si (comme moi) vous n'êtes pas familier avec le vieux parler, en voici une traduction approximative (modérément adaptée par mes soins) :

"Baaran, dont la racine vient du terme Baara, est une vallée en Judée, région très chaude et abondante en bitume, dont la portion trop cuite est un subtil distillat des montagnes, de laquelle... cette racine est engendrée, et... dont le venin ne se retire en rien. Lorsque la plante est arrachée elle émet une vapeur ardente, et putride, qui atteindra le cerveau de celui qui l'arrache, lui offrant une mort rapide."
- Pierre Boiaistuau, Histoire prodigieuses.

L'extrait (aux tournures étranges) nous montre que la Mandragore semble prospérer dans le bitume et tuer par le biais d'une sorte de gaz empoisonné qu'elle émet lorsqu'elle est arrachée - détail amusant : il existe un antidote pour ceux et celles qui sont intoxiqués par la racine de la plante ; il suffit de respirer "l'odeur des lampes (à huile je suppose) éteintes"... Une façon alambiquée de dire qu'il faut combattre le mal par le mal.

Le fait que la Mandragore puisse tuer grâce à un gaz toxique - et non par son cri - est également fort intéressant. On peut d'ailleurs trouver la trace d'écrits qui mentionnent cette particularité, comme le montre le texte suivant (tiré du "Kwei-sin-tsa-shi", un traité chinois du XIIIème siècle) :

"Quelques milliers de li (unité de mesure chinoise qui correspond aujourd'hui à 500 mètres) à l'ouest des pays mahométans, le sol produit une chose excessivement vénéneuse et pareille dans son ensemble à la figure d'un homme ; en effet, elle a l'apparence du Ginseng. On l'appelle Ya-pu-lu.

Cette plante croît dans la terre jusqu'à une profondeur de plusieurs toises (unité de mesure ancienne qui devait faire l'envergure des bras du sujet). Si un homme se heurte contre la plante par erreur, il recevra son exhalaison vénéneuse et doit mourir."
- Tchou-Mi, Kwei-sin-tsa-shi.

Mandragore
Une bien étrange et vénéneuse Mandragore (illustrée par Polawat).

Il semble que des fragments de ces étranges données aient subsisté jusqu'à "aujourd'hui" (restons vagues si vous le voulez bien), puisqu'il est conseillé, selon les "Secrets merveilleux de la magie naturelle et cabalistique du Petit Albert", de préparer les "Mains de gloire" de préférence durant la canicule.

En parlant de Mains de gloire (et vu que nous arrivons au terme de ce chapitre), je vous propose comme promis, dans la partie suivante, une parenthèse sur le sujet (histoire de vous changer un peu de tous ces termes cabalistiques, astrologiques... et autres mots qui se terminent en "ique")...

Informations complémentaires :

- Laurens Catelan était (selon mes recherches) un herboriste français du XVI et XVIIème siècle. Il semble être l'auteur de diverses thèses, dont le "Rare et curieux discours de la plante appelée Mandragore ; des espèces, vertus et usages. Et particulièrement de celle qui produit une racine, représentant de figure, le corps d'un homme ; qu'aucuns croient celle que Josèphe appelle Baaras ; et d'autres, les Teraphins de Laban, en l'écriture sainte" (oui, il s'agit véritablement du titre complet dudit ouvrage).

- Al Idrissi (son nom véritable étant d'une longueur effarante, je me contenterai pour une fois de vous laisser la version courte) était un géographe et botaniste du XIIème siècle. Originaire de la cité de Sebta (qui est aujourd'hui la ville autonome espagnole de Ceuta, située sur la côte nord du Maroc), on le connait surtout grâce à l'ouvrage de géographie descriptive (le "Livre de divertissement pour celui qui désire parcourir le monde") qu'il a rédigé à la demande de Roger II (le roi normand de la Sicile).

Considéré comme un renégat par ses pairs (pour s'être mis au service d'un roi chrétien), il est fort probable que l'infortuné géographe ait dû se résigner à demeurer en Sicile pour y finir sa vie...

- Pierre Boiaistuau (ou Pierre Launay) a exercé l'honorable profession d'écrivain (et de traducteur) dans la France du XVIème siècle.

- Écrites sous la plume de Pierre Boiaistuau vers 1560, les "Histoires prodigieuses" rassemblent un florilège de légendes sur les créatures mythiques les plus étranges (ainsi qu'un chapitre consacré au propriétés des plantes, où la "Baaras" y figure en bonne place).

- Le bitume (dont il est question dans l'extrait des "Histoires prodigieuses") est (en très bref) une substance noirâtre, visqueuse et inflammable (d'où peut-être son lien avec la plante ignée) qui était déjà connue dans l'Antiquité. On s'en servait principalement pour calfater les navires.

Les Mains de Gloire :

"Pendant longtemps même, grâce à une confusion de termes, les sorciers et les bourreaux vendirent fort cher et dans le plus grand secret, sous le nom de Mandragore, des mains desséchées de pendus. La Mandragore dont le nom dérive de l'italien mandragola (du latin, mandragora), était appelée mandegorre, mandagloire, main de gloire et on la confondait avec la Main de Gloire ou main de gorre des sorciers qui, elle aussi, était employée à la recherche des trésors cachés."
- Gustave le Rouge, La Mandragore Magique.

Je suis presque prêt à parier ma main gauche... que les traits de la plupart de celles et ceux qui me lisent, sont crispés en une grimace déçue après la lecture de cet extrait... qui semble faire l'effet d'un pétard mouillé...

Et oui, la "main de gloire" est effectivement l'un des surnoms de la Mandragore. Mais, ce sobriquet n'est aucunement lié avec l'autre Main de Gloire, bien plus sinistre... quoique. Avant de prendre cet argument pour argent comptant, parcourons donc les deux extraits suivants. Nous aurons de quoi nous faire une idée plus précise sur la question.

En aparté, je tiens à préciser que je ne cautionne nullement de telles pratiques ! La connaissance est un outil, c'est donc la façon dont on s'en sert qui déterminera ses bienfaits ou méfaits... En bref : je ne serai en aucune façon tenu pour responsable si d'aventure l'un de vous se met en tête de vouloir jouer à l'apprenti bourreau, fossoyeur ou tortionnaire...

Premier extrait - tiré de "La Mandragore Magique" :

"Voici ce que c'était que la Main de Gloire : pour la préparer, on coupait à minuit et un vendredi autant que possible, la main d'un pendu un peu au-dessus du poignet, puis on repliait les doigts sur la paume de façon que la main fût presque entièrement fermée. On la plongeait dans un vase de cuivre neuf contenant du salpêtre, du zinc en limaille et la substance nerveuse contenue dans l'épine dorsale d'un chat.

On allumait sous le vaisseau une poignée de fougères desséchée, mélangée de verveine fraîchement cueillie.

Au bout de peu d'instant la main était complètement desséchée et pour ainsi dire momifiée.

Pour en faire usage, on plaçait dans la main, comme si elle l'eut naturellement tenue, une chandelle, dont la mèche, tressée de trois brins de chanvre, devait avoir été empruntée à la corde du gibet.

Main de Gloire
Représentation d'une Main de Gloire, tirée du Petit Albert.

La chandelle elle-même était composée mi-partie de cire vierge, mi-partie de graisse humaine, quelques auteurs disent de la graisse d'un enfant mort sans baptême, d'autres de la graisse même du pendu qui avait déjà fourni la main.

Ce lugubre flambeau devait être allumé à la veilleuse même du tabernacle et celui qui s'en servait devait avoir soin - sous peine de mourir dans l'année - que le vent ne la soufflât pas, pendant qu'il se rendait vers l'endroit où se trouvait le trésor présumé.

Une fois arrivé là, on s'avançait à pas lents, et plus la flamme brûlait et pétillait, plus on était près de la cachette. La chandelle magique s'éteignait brusquement, d'elle-même, lorsqu'on était arrivé à l'endroit précis où se trouvait le trésor.

Cette cérémonie, d'ailleurs, comportait une infinité de variantes et chaque auteur, sauf les points essentiels, en modifie les détails à sa manière. Nous donnerons dans un autre volume l'explication de ce rituel au point de vue occulte ; revenons à la Mandragore qui n'eut jamais rien de commun que le nom avec la Main de Gloire, telle que nous venons de la décrire..."
- Gustave le Rouge, La Mandragore Magique.

L'auteur de ce texte semble visiblement persuadé que la Mandragore et la Main de Gloire n'ont aucun lien... Voyons si le second extrait pourra changer la donne.

Second extrait - tiré du "Dictionnaire Infernal" :

"Main de gloire :

Ce que les sorciers appellent Main de Gloire est la main d'un pendu, qu'on prépare de la sorte : on l'enveloppe dans un morceau de drap mortuaire, en la pressant bien, pour lui faire rendre le peu de sang qui pourrait y être resté ; puis on la met dans un vase de terre, avec du sel, du salpêtre, du zimat et du poivre long, le tout bien pulvérisé.

On la laisse dans ce pot l'espace de quinze jours ; après quoi on l'expose au grand soleil de la canicule, jusqu'à ce qu'elle soit parfaitement desséchée : si le soleil ne suffit pas, on la met dans un four chauffé de fougère et de verveine. On compose ensuite une espèce de chandelle avec de la graisse de pendu, de la cire vierge et du sésame de Laponie ; et on se sert de la Main de Gloire, comme d'un chandelier, pour tenir cette merveilleuse chandelle allumée.

Dans tous les lieux où l'on va avec ce funeste instrument, ceux qui y sont demeurent immobiles, et ne peuvent non plus remuer que s'ils étaient morts.

Il y a diverses manières de se servir de la Main de Gloire ; les scélérats les connaissent bien ; mais, depuis qu'on ne pend plus chez nous, ce doit être chose rare.

Deux magiciens, étant venus loger dans un cabaret pour y voler, demandèrent à passer la nuit auprès du feu, ce qu'ils obtinrent. Lorsque tout le monde fut couché, la servante, qui se défiait de la mine des deux voyageurs, alla regarder par un trou de la porte pour voir ce qu'ils faisaient. Elle vit qu'ils tiraient d'un sac la main d'un corps mort, qu'ils en oignaient les doigts de je ne sais quel onguent, et les allumaient, à l'exception d'un seul qu'ils ne purent allumer, quelques efforts qu'ils fissent, et cela parce que, comme elle le comprit, il n'y avait qu'elle des gens de la maison qui ne dormît point ; car les autres doigts étaient allumés pour plonger dans le plus profond sommeil ceux qui étaient déjà endormis. Elle alla aussitôt à son maître pour l'éveiller, mais elle ne put en venir à bout, non plus que des autres personnes du logis, qu'après avoir éteint les doigts allumés, pendant que les deux voleurs commençaient à faire leur coup dans une chambre voisine. les deux magiciens, se voyant découverts, s'enfuirent au plus vite, et on ne les trouva plus.

Main de Gloire
Nul besoin de vous... "faire un dessin", vous aurez deviné aisément de quoi il s'agit.

Les voleurs ne peuvent se servir de la Main de Gloire, quand on a eu la précaution de frotter le seuil de la porte avec un onguent composé de fiel de chat noir, de graisse de poule blanche et de sang de chouette, lequel onguent doit être fait dans la canicule."
- Collin de Plancy, Dictionnaire Infernal.

Pour information : la première et dernière partie de l'extrait du "Dictionnaire Infernal" proviennent du Petit Albert (inutile donc de vous mettre ce dernier, d'autant qu'il est rédigé en vieux parler) et l'extrait central vient d'un traité de magie rédigé par un certain Delrio (dont je n'ai pas pu trouver la trace).

Si vous ne lisez pas ce texte en diagonale en faisant votre vaisselle, il est probable que certains détails ont frappé votre esprit. Si ce n'est pas le cas, laissez-moi à nouveau éclairer votre lanterne...

Le premier élément intéressant est qu'il est conseillé de préparer la Main de Gloire pendant la canicule (une relecture du chapitre : "Le canidé et la solanacée - Sirius aux mâchoires embrasées" s'impose, pour celles et ceux qui demeurent dans le brouillard) période associée à l'étoile Sirius.

La seconde donnée, similaire à la première, offre un moyen de se protéger contre la funeste chandelle, moyen qui devra être préparé pendant la canicule.

Ces deux indices ténus me permettent d'émettre deux hypothèses : soit la Mandragore possède réellement un lien avec la Main de Gloire - le chandelier glacé est peut-être une sorte d'évolution du mythe de la solanacée. Le terme arabe surnommait bien la plante : "siraj el-qutrub" (chandelle du Démon) -, soit l'herbe hurlante aura simplement donné certaines de ses caractéristiques à la Main de Gloire (probablement durant le Moyen-Age), par le biais de la confusion entre leurs deux noms. Le mystère reste entier et il est parfois mieux de le laisser planer.

Cette parenthèse terminée, je vous propose de revenir à nos solanacées et de partir découvrir les cousines lointaines de notre plante qui égayent la lande de leurs cris.

Les Mandragores à travers le monde :

Avant de démarrer, sachez que la liste des créatures qui va suivre est principalement basée sur le travail de Pierre Dubois combiné avec mes propres recherches.

Étant donné que je n'ai pas pour habitude de m'appuyer sur une seule et unique source, je vous préciserai chaque fois que l'information ne provient que de l'Elficologue susnommé (il est donc parfois probable que certaines de ces créatures ne soient que des chimères issues de l'imagination fertile de l'auteur).

Mandragore
Quoi de mieux qu'un splendide bestiaire de Mandragores (illustré par Zsófia Döme) pour bien démarrer le sujet ?

Je vous offre d'ailleurs ci-dessous (histoire que vous compreniez ma démarche), les fameuses...

Informations complémentaires :

- Pour ceux qui ne le connaissent pas, Pierre Dubois est un écrivain français (contemporain) qui s'est notamment spécialisé dans l'"Elficologie" (terme de son cru) et tout ce qui a trait au "Petit Peuple".

Si ses travaux sont très riches, tournés avec humour, poésie et s'ils mentionnent une pléthore de créatures rares issues du folklore, il a parfois tendance à inventer des références (dans le seul but de faire tourner certains collègues mythomanes en bourrique).

Je puis par exemple vous citer le cas de "Pétrus Barbygène", personnage fictif qu'il cite souvent dans ses encyclopédies, et qui a été imaginé pour piéger un auteur qui se vantait d'avoir lu les fameuses "Chroniques Elfiques" rédigées par ledit Pétrus.

Une bonne leçon qui montre qu'il ne faut jamais prendre toute information pour argent comptant.

Alrunes :

Petit préambule avant tout chose : le texte qui va suivre peut choquer la sensibilité de certains (et certaines) pour la simple raison qu'il contient un terme assez détestable (je suis certain que vous arriverez à trouver lequel)... Sachez juste qu'à l'époque c'était "normal" (lisez du Lovecraft, vous comprendrez où je veux en venir), je ne soutiens en aucun cas ce genre de parler mais je me dois de rester le plus impartial possible pour ne pas altérer les dires de l'auteur. Bref, si l'un d'entre vous à une quelconque réclamation à faire à ce sujet... qu'il les fassent à la tombe du sieur Collin de Plancy...

Préambule terminé, revenons aux solanacées.

"Les Germains avaient aussi des Mandragores qu'ils nommaient Alrunes : c'étaient des figures de bois qu'ils révéraient, comme les Romains leurs dieux Lares, et comme les nègres leurs fétiches.

Ces figures prenaient soin des maisons et des personnes qui les habitaient. On les faisaient des racines les plus dures, surtout de la Mandragore. On les habillait proprement, on les couchait mollement dans de petits coffrets ; toutes les semaines on les lavait avec du vin et de l'eau, et à chaque repas on leur servait à boire et à manger, sans quoi elles auraient jeté des cris comme des enfants qui souffriraient la faim et la soif, ce qui eût attiré des malheurs ; enfin on les tenait renfermées dans un lieu secret, d'où on ne les retirait que pour les consulter.

Dès qu'on avait le bonheur d'avoir chez soi de pareilles figures (hautes de huit à neuf pouces), on se croyait heureux, on ne craignait plus aucun danger, on en attendait toutes sortes de biens, surtout la santé et la guérison des maladies les plus rebelles.

Alrune et Lindorm
Illustration (créée par Mahlon Blaine) et provenant du roman intitulé : "Alraune" (écrit par Hanns Heinz Ewers). Notez que la créature à droite ressemble étrangement à un Lindorm.

Mais ce qui était encore plus admirable, c'est qu'elles faisaient connaître l'avenir : on les agitait pour cela, et on croyait attraper leurs réponses dans des hochements de tête que le mouvement leur imprimait.

On dit que cette superstition des anciens Germains subsiste encore aujourd'hui parmi le peuple de la basse Allemagne, du Danemark et de la Suède."
- Collin de Plancy, Dictionnaire Infernal (extrait tiré du chapitre sur la Mandragore et probablement basé sur le Grand et Petit Albert).

A cela j'ajoute un second extrait :

"Alrunes :

Démons Succubes ou sorcières qui furent mères des Huns. Elles prenaient toutes sortes de formes, mais ne pouvaient changer de sexe. Chez les Scandinaves, on appelait Alrunes des sortes de fétiches nommés ailleurs Mandragores."
- Collin de Plancy, Dictionnaire Infernal.

En suivant les divers extraits présentés ci-dessus, vous pouvez voir que l'Alrune (appelée parfois Alraune) est assez différente de la Mandragore "classique" (ce sera d'ailleurs le sujet principal de la partie suivante), étant donné que cette dernière est plus étroitement liée à son propriétaire (à la semblance d'une symbiose). Les entités de cette catégorie peuvent être appelée : "Démons familiers" (rappelez-vous que ce n'est en rien lié aux types en pyjamas rouges qui brandissent des fourches).

Si l'homme qui possède l'Alrune obtient de nombreux avantages (tant qu'il entretient cette dernière), il semble tout de même se créer une sorte de dépendance malsaine (le détenteur de la créature se repose trop sur cette dernière).

Pour ce qui est de la première partie du second extrait... ça m'a tout l'air d'être un joli foutoir hétéroclite (si vous me passez l'expression). Je vous dévoile quelques explications ci-dessous pour vous le prouver et nous pourrons passez à la créature suivante.

Informations complémentaires :

- Les Lares sont de petites divinités romaines d'origine Étrusque. Ils représentent les dieux de la demeure qui veille sur la famille (chaque maison a ses propres Lares).

- Le roman d' Hanns Heinz Ewers : "Mandragore" (ou "Alraune"), a été écrit en 1911.

Dans l'ouvrage, le mythe de la Mandragore y est actualisé (dans le style du romantisme allemand de l'époque) et met en scène une Alraune faite de chair (j'évite de trop entrer dans les détails de peur de choquer... les curieux feront la recherche sans moi).

- Version féminine de l'Incube, le Succube est une sorte de Démon femelle qui séduit les mortels dans leur sommeil.

- Les Huns formaient un peuple d'origine turque qui provenait de l'Asie-Centrale.

Guerriers nomades reconnus pour leurs talents d'archerie et de cavalerie, ces derniers ont envahi l'Europe, vers la fin du IVème siècle et se sont taillé, pour un temps, un véritable empire en son sein.

Animalitos :

C'est sans certitude que je vous livre les informations suivantes, alors à vous de trouver la vérité dans cette fantasmagorie.

Selon Pierre Dubois, il existe en Espagne, d'étranges créatures censées exaucer le moindre souhait de son propriétaire.

Ces petites bêtes, longues d'une dizaine de centimètres, vendues par des pratiquants des arcanes peu scrupuleux, se retrouvent parquées dans des morceaux de roseau liés d'un côté et obstrués par un solide bouchon de l'autre.

Les Animalitos possèdent un corps serpentin et noirâtre, complété par deux bras caoutchouteux et terminé par une tête de lézard rehaussée de crocs canins, pour parfaire le tableau.

A l'état sauvage, ces créatures hantent les marais et rocailles de la terre d'Espagne. Ils semblent avoir une préférence pour les monastères, châteaux et cimetières abandonnés ou en ruine dont ils investissent les creux et fissures.

Pour ce qui est de leur nourriture, leur régime alimentaire peut varier du tout au tout.

En pleine nature, ils se tapissent dans la vase et les roseaux, ne laissant que leurs yeux émerger à la surface. Ainsi à l'affut, ils guettent les baigneurs imprudents ou le bétail qui vient s'abreuver au point d'eau, se glissent sous le ventre de leur victime et, tels de grosses sangsues, se collent à la chair puis aspirent le sang des proies.

Mandragore
Une version revisitée de la Mandragore (par Sandra Duchiewicz).

En captivité ils prennent goût à la chair humaine, comme le souligne cet extrait :

"Mais vous savez mieux que moi comment on les nourrit", explique le guide Vicente à Prosper Mérimée, "de chair d'enfants non baptisé, Monsieur, et quand il ne peut pas s'en procurer, le maître du roseau est obligé de se couper un morceau de chair à lui-même. Il faut lui donner à manger toutes les vingt-quatre heures. J'ai connu un Zagal (espèce de postillon à pied qui tient par la bride les deux mules de devant d'un attelage et les dirige en courant. Lorsqu'elles sont lancées au galop, s'il s'arrête, la voiture lui passe sur le corps). Ce Zagal fit une maladie qui lui tua le souffle et l'empêchait de courir. Il acheta alors à un sorcier un de ces roseaux à "immondes génies"... et dès lors bondit devant l'attelage sans perdre une bouffée de son cigare. Il courait de Valence à Murcie tout d'une traite. Mais maintenant il n'y a qu'à le voir pour juger ce que cela lui coûte. Les os lui percent la peau et si ses yeux se creusent toujours comme ils font, bientôt il verra derrière la tête. Les bêtes le mangent !" Et les Animalitos ont un terrible appétit !..."
- Pierre Dubois, La Grande Encyclopédie des Lutins et Autres Petites Créatures - tome III (l'extrait se base probablement sur le livre de Prosper Mérimée : "Lettres d'Espagne").

Les Animalitos représenteraient les âmes égarées des "impies" (ce qu'il ne faut pas entendre) qui ont agonisé sous les tortures infligées par l'inquisition. Revenus de la tombe sous la forme de Feux follets glacés, ils ont repris une forme de chair en s'accolant avec les petits habitants des marais.

Probablement apparentées aux Démons familiers déjà mentionnés, ces créatures exaucent les souhaits de leur possesseur, mais en échange, le prix à payer semble fort élevé.

Si de tels êtres venaient à être vendus sur nos étals et nos marchés... il y a fort à parier qu'ils finiraient vite gras au point de ne plus pouvoir bouger...

Informations complémentaires :

- Né à Paris en 1803 et mort à Cannes en 1870, Prosper Mérimée est un auteur français (historien et archéologue à ses heures) rendu célèbre par ses textes baignés de mystère et de mysticisme qui se déroulent bien souvent à l'étranger (en Espagne et en Russie principalement).

- La fameuse inquisition espagnole, fut créée en 1478 - avant que ne se termine la Reconquista - à la demande des rois catholiques. A l'origine, le tribunal du saint-office de l'inquisition avait pour mission de "maintenir l'orthodoxie catholique dans leurs royaumes". Avec le temps, elle élargit son champ d'action, réprimant tout acte jugé non-orthodoxe (blasphème, polygamie, homosexualité,...) et châtiant cruellement les juifs et musulmans convertis (qui ne semblaient pas être dans les petits papiers du grand inquisiteur Torquemada)...

- La Reconquista ("Reconquête" en bon français) définit la récupération des royaumes musulmans de la péninsule Ibérique (située à la pointe sud-ouest de l'Europe) par les rois chrétiens.

- Né en 1420 dans le royaume de Castille (en Espagne), Tomás de Torquemada fut sacré premier grand inquisiteur de 1483 jusqu'à son trépas.

Pendant les 15 années du "règne" de Torquemada, l'inquisition espagnole aura un pouvoir et une influence considérables (la confiscation des biens des condamnés au profit exclusif de l'inquisition sera d'ailleurs très lucrative). Tout chrétien âgé de plus de 12 ans (pour les filles) et de plus de 14 ans (pour les garçons) était tenu de répondre de leurs actes devant l'inquisition (vous noterez la misogynie de cette règle).

Sous l'égide de Torquemada, l'inquisition espagnole s'acquittera de sa tâche avec un zèle bigrement teinté de fanatisme. Les dénonciations anonymes et la torture pour arracher des aveux aux suspects seront monnaie courant durant cette période. Si l'église n'a techniquement pas le droit de verser une goutte de sang, elle contournera bien volontiers cette règle en appliquant des méthodes assez sournoises (broyer les membres de la victime ou lui infliger le supplice de l'eau).

Durant les 15 annéesTorquemada dirigera l'inquisition, environ 100 000 cas seront traités et près de 2000 condamnation à mort (par le bûcher ou la pendaison) seront prononcées.

Inquisition
L'inquisition sous son "meilleur jour" (par Anton Kagounkin Magdalina).

Devenu tristement célèbre, le grand inquisiteur finira par craindre pour sa vie et ne sortira plus sans son escorte (composée de 40 cavaliers et de 200 soldats à pied).

- Le supplice de l'eau est une torture aux multiples variantes "amusantes" dont la finalité est de faire suffoquer la victime (qui, par la peur de mourir, avouera).

La "cure à l'eau" consiste à saucissonner le suspect puis à lui faire ingurgiter une grande quantité d'eau. La "baignoire" vous demandera de nouveau a jouer aux noeuds marins avec votre victime, puis de la suspendre à l'envers au-dessus d'une grande cuve d'eau. Il vous suffira juste de faire en sorte que le supplicié ait le chef immergé, histoire de méditer au calme...

Il existe encore d'autres versions de ce type de torture (certaines sont d'ailleurs très récentes) mais nous nous éloignons un peu trop du sujet qui nous intéresse...

- Les Feux follets, dépeints souvent comme des petits flammèches dansantes, hantent la plupart du temps les cimetières et marécages (d'un point de vue purement folklorique, ils font partie des Non-morts).

Débrumas :

N'ayant aucune donnée pour infirmer ou confirmer les dires du sieur Dubois, je vous livre ses informations brutes sans plus de cérémonie (veillez toutefois à ne pas prendre ses dires pour argent comptant) :

"Petits Démons familiers du Pays basque. Les contrebandiers les louaient pour se faire guider par d'inaccessibles sentiers connus d'eux seuls contre du tabac et des boucles d'oreilles. Ils se transformaient en monstres sanguinaires à des périodes précises de l'année."
- Pierre Dubois, La Grande Encyclopédie des Lutins et Autres Petites Créatures - tome III.

Ginseng :

Le Ginseng (du chinois "jen-chen" qui signifie : "plante-homme") est la cousine asiatique de la Mandragore (bien qu'il soit possible de dénicher une variante de cette plante sur le continent Américain).

La racine de cette solanacée est censée avoir de merveilleuses propriétés tonifiantes. Ledit végétal était d'ailleurs considéré par les Chinois comme la ressource la plus rare après le thé.

A l'origine, le nom Ginseng était un terme qui désignait certaines plantes reconnues pour leurs vertus médicinales.

"Le Livre des Herbes par Shen Nung" contient une recette pour fabriquer l'"élixir de vie" qui confère l'éternelle jeunesse et l'immortalité. Il suffit (entre autres) de combiner du Ginseng avec un fragment d'or.

En médecine, le Ginseng était censé guérir toutes les maladies humaines (vu que la racine ressemble à un être humain, je suppose que la plante était employée comme réceptacle du mal qui affligeait le patient, comme dans certaines traditions anciennes), expulser les mauvais effluves (sans commentaire...), éloigner la peur, accroître l'endurance,... et bien d'autres choses.

Ginseng
Le mythique Ginseng (par Lance Johnson).

Une légende amusante raconte qu'un roi voulant déterminer laquelle des deux racines de Ginseng était la plus efficace, fit mander deux hommes d'endurance égale et placer une tranche de la première racine dans la bouche du premier et une tranche de la seconde dans la bouche du second. Pour parfaire son expérience il ordonna aux deux compétiteurs de parcourir la plus longue distance possible, le vainqueur prouvant la supériorité de sa racine.

Il existe de nombreux mythes à propos de cette plante merveilleuse. Voici justement une légende assez connue en Chine (qui possède de multiples variantes) intitulée :

L'oeil du Dragon :

Dans la Chine millénaire, vivait un pauvre homme nommé Cui Heizi qui résidait au pied de la grande montagne, dans la solitude la plus totale. Il n'avait pour possession qu'une simple palanche (morceau de bois courbé et entaillé aux deux extrémités afin de porter sur l'épaule deux charges à la fois) et deux boîtes d'outils. Armé de son courage et de tout son nécessaire, il allait de village en village pour récurer les bols et les cuvettes.

Un beau jour, il trouva sur sa route un bébé Dragon. Attendri par la créature, il la recueillit et l'installa confortablement dans l'une de ses boîtes à outils. Il prit si bien soin du son écailleux compagnon que ce dernier gagna bien vite en taille et en force, devenant du même coup bien trop gros pour pouvoir demeurer tranquille dans sa petite boîte. Cui Heizi réfléchit un moment et décida de le placer dans sa propre chambre mais, au bout de quelques trop courtes années, elle devint également trop exigüe pour le Dragon en devenir.

Fort embêté par la présente situation, Cui Heizi réfléchit un moment et dit au Dragon :

- Mon ami, tu es désormais trop grand pour que je puisse te garder avec moi. Je vais te conduire dans une grotte, en haut de la montagne du Nord et j'espère que tu t'y plairas.

Le Dragon accepta bien vite l'offre de son "maître" et suivit ce dernier jusqu'à la caverne.

Au bout d'une année, un Ginseng s'était développé devant la grotte du Dragon. A l'annonce de cette nouvelle, la population locale ne put s'empêcher de convoiter le trésor végétal, mais personne n'osait grimper jusqu'à la demeure de la créature, vu que cette dernière veillait jalousement sur son nouveau bien.

L'existence de cette plante fabuleuse parvint un jour aux oreilles de l'empereur qui exigea qu'on la lui apportât séance tenante. Le gouverneur de la région, qui savait que Cui Heizi avait élevé le gardien de la grotte, alla trouver ce dernier et lui ordonna de cueillir le Ginseng... du moins s'il tenait encore à la vie.

Aux abois, Cui Heizi se mit en route. De loin, il distingua son ancien compagnon, lové devant la grotte, et il lui adressa la parole (tout en gardant une distance de sécurité) :

- Vénérable Dragon, je t'ai nourri jadis et je viens aujourd'hui te demander de me sauver la vie. Laisse-moi prendre ce Ginseng car l'empereur l'exige.

Pour donner son accord le Dragon hocha la tête et Cui Heizi rapporta (après avoir laissé s'échapper un long soupir de soulagement) la plante à l'empereur.

Quelque temps plus tard, l'impératrice se trouva atteinte d'une terrible maladie des yeux. Les meilleurs médecins et sages accoururent à la cour afin de la guérir, sans succès... La maladie alla même jusqu'à empirer et l'épouse impériale devint aveugle.

- Si l'impératrice frotte ses yeux avec l'oeil du Dragon, elle sera sauvée, déclara un conseiller de l'empereur.

Mais vaincre un Dragon si grand et si féroce était impensable. Même une armée entière ne pourrait en venir à bout. Au désespoir, l'empereur se souvint de celui qui lui avait apporté autrefois le Ginseng et, chassant le rictus qui déformait ses traits, fit aussitôt porter un décret à l'intention de Cui Heizi. Si ce dernier parvenait à obtenir l'oeil du Dragon, il serait nommé ministre, s'il échouait... il serait mis à mort.

A l'annonce de cette nouvelle, Cui Heizi se sentit comme un souriceau entre les pattes d'un chat. Comment le Dragon pourrait-il accepter pareille requête ?

Dragon céleste
Représentation d'un Dragon céleste (création de Guan Wei).

Au comble du malheur, Cui Heizi prit tout de même le chemin de la grotte :

- Vénérable Dragon, je t'ai nourri jadis et je viens aujourd'hui te demander de me sauver la vie. Laisse-moi prendre un de tes yeux car l'empereur l'exige.

Une fois encore, le Dragon accepta de se sacrifier et ne broncha même pas lorsque Cui Heizi lui arracha l'oeil gauche.

Dès qu'il fut en sa possession, l'empereur frotta l'énorme globe occulaire du Dragon contre ceux de son épouse et bien vite cette dernière retrouva la vue. Au comble de la joie, il éleva Cui Heizi au rang de ministre.

Devenu un homme "important", Cui Heizi put mener une vie confortable et heureuse. Cependant, l'excès de pouvoir et de richesses le rendirent cruel et cupide. Rongé par ses vices, il feignait d'ignorer la souffrance de ses pairs et sa soif de richesses semblait insatiable. Ce fut ainsi que lui vint un jour l'idée funeste et saugrenue de posséder un oeil magique de Dragon. Suintant de morgue, il se rendit à nouveau à la demeure de son ancien compagnon :

- Dragon, mon ami, je t'ai élevé autrefois, donne-moi donc ton oeil droit.

Le Dragon hocha lentement la tête. Cui Heizi s'élança aussitôt vers lui, main tendue, mais en un éclair le Dragon le happa au passage et l'avala d'un trait.

Le mythe ci-dessus provient du livre intitulé : "Dragons, Licornes et autres chimères" dont le texte a été grandement remanié et étoffé par mes soins.

Cette légende (dont la créature centrale est un Dragon céleste) nous offre une belle leçon de vie et nous montre toute l'importance qu'avait le Ginseng pour les peuples de Chine. Cette plante est comparable à un trésor vu que le Dragon en est devenu son gardien attitré.

Informations complémentaires :

- L'empereur Shen Nung (ou Shennong) est un héros mythique et civilisateur de la Chine. Devenu dieu de par son titre d' "agriculteur divin", il est considéré comme le père de l'agriculture chinoise, de la médecine (il est censé avoir découvert le thé ainsi que les vertus médicinales des plantes) et de l'acuponcture.

Kennie :

Selon Pierre Dubois (je n'ai aucune information sur cette créature donc, restez sceptiques sur le sujet), la Kenne est une pierre verdâtre que l'on trouve dans la vieille Allemagne et qui se forme dans l'oeil d'un cerf mourant.

L'homme chanceux qui la recueille peut survivre à tous les venins et poisons. Si durant sept années la pierre est enterrée, suivant un rituel particulier, elle donnera naissance à la Kennie : un minuscule Esprit transparent qui ouvrira toutes les serrures à son maître... en échange de quelques osties.

Les Erles :

"Plante-Alf que les sorciers cultivaient en Allemagne pour propager la peur dans les campagnes."
- Pierre Dubois, La Grande Encyclopédie des Lutins et Autres Petites Créatures - tome III.

Après quelques recherches à ce sujet, j'ai pu dénicher un Élémentaire allemand dont le nom se rapproche fortement de celui de ces petites créatures : l'Erlkönig ("Roi des aulnes").

Représentée comme une entité "malfaisante" qui parcourt les forêts pour mener les voyageurs à leur perte, l'Erlkönig (ou Erlking) doit son nom à une erreur de traduction...

Un sujet fort intéressant qu'il me tarde de vous conter un jour prochain. Mais ceci est une autre histoire...

Cheval végétal
Une version fort originale d'un équidé végétal (par Shelz Keast).

Terragon :

"Esprit malin né de manipulations sorcières. Gnomoncule d'éprouvette, résultant de croisements de semence de Bouffon et de Dryade, lâché vers 1576 dans les passages secrets du château de Blois, il s'ingénia à terroriser Henry III, tantôt prenant les traits d'un mignon, d'un élégant spadassin des Quarante-Cinq, pour revenir soudainement à sa forme première et monstrueuse. Il le poussa aux vices et vilenies avant de guider la main du moine ligueur Jacques Clément, son assassin."
- Pierre Dubois, La Grande Encyclopédie des Lutins et Autres Petites Créatures - tome III.

Ne pouvant prouver si cette créature est réellement présente dans le folklore ou non, je vous offre tout de même quelques...

Informations complémentaires :

- Le Château royal de Blois, situé dans le val de Loire (France) était, selon les dires, la demeure préférée des rois durant la Renaissance.

- Henry III, roi de Pologne puis de France durant le XVIème siècle, fut le dernier de la dynastie des Vallois.

Son règne sera marqué par de nombreuses guerres de religions (les protestants contre les catholiques par exemple) et il finira assassiné en 1589, par le fanatique Jacques Clément.

- Jacques Clément était un frère dominicain (ordre "mendiant" fondé par le catholicisme). Autrefois soldat, ce prêcheur au rabais avait pour but l'extermination de tous les hérétiques.

En 1589, il poignardera le roi Henry III, reconnu comme l'ennemi du catholicisme, et subira le supplice réservé aux régicides : l'écartèlement puis la dispersion de ses cendres dans la Seine (pour éviter que ses ossements ne soient vénérés comme des reliques).

Wermine Pouline :

Et pour conclure ce chapitre, voici encore une autre créature qui ne semble pas avoir laissé de traces (hormis dans les écrits de Pierre Dubois).

"Autre entité ogrichonne et semi-végétale que les Mages Sombres transportaient dans leurs poches et faisaient grandir et grossir à la taille qu'ils voulaient. Les Indiens l'appelaient Honowah..."
- Pierre Dubois, La Grande Encyclopédie des Lutins et Autres Petites Créatures - tome III.

Informations complémentaires :

- Dans le folklore, les Ogrichons sont les petits des Ogres.

- Apparentés aux Géants, les Ogres sont des créatures souvent cannibales qui se délectent de la chair des enfants.

- Chez les amérindiens Hopis (chose dont je ne suis pas sûr et certain), le mot Honowah signifierait : "ours".

- Issus de l'Amérique du Nord, le clan Hopi (ou "Hopitu-Shinumu" qui signifie : "le peuple paisible") se trouve aujourd'hui parqué dans une réserve en Arizona, qu'ils partagent (bon gré mal gré) avec les indiens Navajos.

Après avoir navigué au gré des cultures et nations, il est plus que temps de faire voile vers un autre sujet...

Les Démons familiers (en bref) :

Puisque cela fait quelques chapitres que je ne cesse de parler de ce type de créatures, il est temps de répondre à la question : qu'est-ce qu'un Démon familier ? (sans en faire un roman pour autant)

Tout d'abord, je tiens à préciser que le sujet a déjà été "vaguement" évoqué dans l'article sur Pégase (ceux qui désirent consulter ces données, veuillez vous rendre à la fin de ce dernier, au chapitre intitulé : "Quand la croix s'en mêle").

Les Démons familiers ne datent pas d'hier et peuplent encore nos livres, traditions et jardins (n'en déplaisent aux esprits chagrins).

En remontant loin, au coeur de la civilisation étrusque, chaque famille possédait son propre dieu de la maisonnée : le Lare (les Pénates et les Mânes sont également des protecteurs du foyer).

Les Lares se présentaient souvent sous la forme de petites statues ou d'effigies de laine qui pouvaient prendre bien des formes (dont celle d'un phallus géant dressé...), mais définir la nature exacte de ces êtres est complexe, vu qu'ils incarnent à la fois les dieux protecteurs de la demeure, les Esprits des ancêtres (Lare est proche du terme "larva" qui est associé aux Fantômes), voire même le "Genius Loci" ("l'Esprit du lieu", donc en lien avec les Élémentaires).

Durant l'Antiquité gréco-romaine, ces petits dieux étaient toujours vénérés. Les résidents de la maison déposaient près de l'âtre des offrandes diverses et variées afin de s'assurer la protection de leurs gardiens.

Il n'y a d'ailleurs pas que dans le bassin méditerranéen où l'on rendait hommage aux Démons familiers. Jusqu'à récemment, il était normal de fournir de la nourriture aux Lutins, Leprechauns (ou Lèprechiens) et autres créatures du foyer, en échange de leurs bons soins.

La Chine n'est pas en reste non-plus vu qu'elle possède un "dieu des fourneaux" (Zaowangye ou Zaojun), censé surveiller les faits et gestes des membres de la maison, pour faire son rapport à la fin de l'année au dieu suprême (l'Empereur de jade).

Mandragore
La Mandragore selon Ben Wootten.

Pour ceux et celles qui me soutiendront que ces traditions sont dépassées et d'un autre âge, je me ferai une joie de leur rappeler qu'ils honorent encore ces entités, de manière involontaire, tout au long de leur vie.

Vous décorez votre jardin avec des nains de jardin ? D'où croyez-vous que proviennent ces petits barbus au joli bonnet rouge ? (qui rappellent de manière flagrante le symbole phallique des Lares) Vous emménagez dans votre nouvelle demeure et vous souhaitez faire une "pendaison de crémaillère" ? Ca ressemble étrangement à un repas pour remercier les autres résidents de la demeure, non ? Et que dire de toutes ces expressions populaires encore employées de nos jours ? (lutiner, rentrer dans ses pénates,...)

Toutes ces entités du foyer diabolisées par les religions monothéistes n'ont pas disparu. Elles demeurent à la périphérie de notre vision, aux heures les plus sombres, et se font une joie de se rappeler à notre bon souvenir lorsque notre raison et notre scepticisme, secoués par un éclair, une bourrasque, rampent sous le tapis et demandent grâce...

Excusez la façon expéditive (et peu coutumière) dont j'ai traité le sujet. Je préfère reporter l'analyse de ces créatures pour plus tard, dans un article qui leur sera entièrement consacré, et me concentrer uniquement sur l'aspect "familier" des Mandragores. Je vous laisse cependant quelques données supplémentaires, en espérant qu'elles étancheront (pour un temps) votre soif de connaissance.

Informations complémentaires :

- Les Étrusques ont vécu lors de l'âge du fer dans une bonne partie de l'Italie (plus ou moins dans le centre de la péninsule italienne).

- l'âge du fer, caractérisé par l'utilisation de ce minerai en métallurgie, débutera en -1100 dans le bassin méditerranéen.

- Les Pénates sont des divinités mineures, ou des entités du foyer étrusques et romaines (chargées surtout de veiller sur les biens et le garde-manger).

- Les Mânes représentent les Esprits des "bons" ancêtres défunts (lesdits trépassés ne devaient guère avoir de mal à veiller sur la maisonnée vu qu'ils étaient enterrés juste sous la demeure).

- Les Lèprechiens sont des Élémentaires issus du folklore irlandais. Souvent représentés sous la forme de petits hommes barbus coiffés de chapeaux et vêtus de rouge et de vert. Ces facétieuses créatures sont passées expertes dans la fabrication des chaussures.

- L'Empereur de jade (appelé aussi : Yuhuang Dadi) est une divinité majeure du panthéon chinois qui est associée au Ciel et à la souveraineté.

Une Mandragore au foyer :

Pour vous décrire avec précision les Mandragores domestiques, entamons donc le chapitre par la lecture de l'extrait suivant :

"Je n'ai jamais ouï dire cela qu'à des personnes de petit jugement, et tous ceux qui m'en ont parlé avec plus de vraisemblance ne m'ont dit autre chose, sinon que, quand on a attiré ces sortes de Mandragores a son service on est heureux au jeu, on trouve dans les chemins de l'argent ou des joyaux, et que quelquefois, durant le sommeil, on est inspiré d'aller dans les endroits où l'on doit trouver quelque chose. Je finirai cette matière par le récit d'une Mandragore que j'ai vue à Metz, entre les mains d'un riche juif : c'était un petit monstre à-peu-près semblable à la figure que j'en donne ici gravée ; elle n'était pas plus grosse que le poing. Ce petit monstre n'avait vécu que cinq semaines, et dans si peu de temps avait fait la fortune de ce Juif, qui m'avoua que, le septième jour qu'il l'eut, il lui avait été inspiré la nuit, en dormant, d'aller dans une vieille masure, où il y trouva une somme fort considérable d'argent monnoyé, et beaucoup de bijoux d'orfèvrerie, cachés en terre, et que depuis il avait toujours prospéré dans ses affaires."
- saint Albertus, Secrets merveilleux de la magie naturelle et cabalistique du petit Albert.

On reconnaît ici l'utilité de cette créature pour avoir de la chance au jeu et découvrir les trésors de la Terre. Cette notion est fortement liée aux entités chtoniennes qui veillent sur les richesses et secrets de leur élément de prédilection. Ils peuvent cependant consentir à en offrir une parcelle à l'humain qui leur rendra hommage ou leur sacrifiera quelque chose.

Mandragore
Illustration de Carolina Eade (et couverture du 5ème tome de la série de livres : Pathfinder Chronicles).

La Mandragore peut également servir des causes moins reluisantes, comme en témoigne cet extrait de Collin de Plancy :

"Démons familiers assez débonnaires ; ils apparaissent sous la figure de petits hommes sans barbe, avec les cheveux épars. Un jour qu'une Mandragore osa se montrer à la requête d'un sorcier qu'on tenait en justice, le juge ne craignît pas de lui arracher les bras et de les jeter dans le feu. Ce qui explique ce fait, c'est qu'on appelle aussi Mandragores de petites poupées dans lesquelles le diable se loge, et que les sorciers consultent en cas d'embarras.

On lit dans le "Petit Albert" que, voyageant en Flandre et passant par Lille, l'auteur de cet ouvrage fut invité par un de ses amis à l'accompagner chez une vieille femme qui passait pour une grande devineresse, et dont il découvrit la fourberie. Cette vieille conduisit les deux amis dans un cabinet obscur ; éclairé seulement par une lampe, à la lueur de laquelle on voyait, sur une table couverte d'une nappe, une espèce de petite statue ou Mandragore, assise sur un trépied, ayant la main gauche étendue et tenant de cette main un cordon de soie très délié, au bout duquel pendait une petite mouche de fer bien poli. On avait placé au-dessous un verre de cristal, en sorte que la mouche se trouvait suspendue au-dessus de ce verre. Le mystère de la vieille consistait à commander à la Mandragore de frapper la mouche contre le verre, pour rendre témoignage de ce que l'on voulait savoir. Ainsi elle disait, en s'adressant à la statue : "Je t'ordonne, Mandragore, au nom de celui à qui tu dois obéir, que si monsieur doit être heureux dans le voyage qu'il va faire, tu fasses frapper trois fois la mouche contre le verre."

La mouche frappait aussitôt les trois coups demandés, quoique la vieille ne touchât aucunement ni au verre, ni au cordon de soie, ni à la mouche, ni à la statue ; ce qui surprenait les spectateurs. Et afin de mieux duper les gens par la diversité de ses oracles, la vieille faisait de nouvelles questions à la Mandragore et lui défendait de frapper si telle ou telle chose devait ou ne devait pas arriver ; alors la mouche restait immobile.

Voici en quoi consistait tout l'artifice de la vieille : la mouche de fer, qui était suspendue dans le verre, étant fort légère et bien aimantée, quand la vieille voulait qu'elle frappât  contre le verre, elle mettait à un de ses doigts une bague dans laquelle était enchâssée un gros morceau d'aimant. On sait que la pierre d'aimant a la vertu d'attirer le fer : l'anneau de la vieille mettait en mouvement la mouche aimantée, et la faisait frapper autant de fois qu'elle voulait contre le verre. Lorsqu'elle désirait que la mouche ne frappât point, elle ôtait la bague de son doigt, sans qu'on aperçût. Ceux qui étaient d'intelligence avec elle avaient soin de s'informer des affaires de ceux qu'ils lui menaient, et c'est ainsi que tant de personnes furent trompées."
- Collin de Plancy, Dictionnaire Infernal.

Mandragore
La Mandragore (par Laura Lambert).

Dédiés à la découverte des richesses de la Terre, à la chance... ou à l'escroquerie de quelques esprits crédules, notre petit Démon familier semble fort serviable mais, il ne faudrait cependant pas oublier qu'il y a toujours un prix à payer pour de telles largesses...

Pour honorer comme il se doit cette capricieuse mais généreuse entité, il faut s'appliquer à respecter un modus operandi (mode opératoire) complexe (qui varie selon les auteurs). Que ce soit pour créer la Mandragore ou simplement la nourrir, le mage en herbe se devra de pratiquer des rituels aussi incongrus que répugnants...

Création d'une Mandragore artificielle (et comment s'en occuper) :

Après l'arrachage de nos désormais très connues solanacées, certains auteurs recommandent de les traiter avec des méthodes peu... orthodoxes.

L'un d'eux conseille de la mettre dans un vase en cristal empli de terre rouge et de nourrir la plante pendant quarante jours avec du lait de chatte. Passé ce délai, la plante s'animera et deviendra une entité à part entière qui devra être sustentée tous les deux jours avec du sang humain et de la semence mâle (pour ne pas dire autre chose).

Un autre mentionne qu'il faut la placer dans une petite boîte confortable, garnie d'un matelas et de draps. Tous les vendredis, il ne faudra pas oublier de laver la petite créature à la fontaine, de la vêtir avec une tenue à sa mesure (les stylistes en devenir pourront même lui confectionner une garde-robe saisonnière), et bien entendu, la nourrir avec ce qui se fait de mieux à votre table.

Il existe bien d'autres techniques pour donner vie et soigner ces Mandragores, mais, plutôt que d'énumérer une longue liste assommante et soporifique, je vous offre un extrait du Petit Albert (que vous commencez à connaître maintenant).

Extrait - tiré du Petit Albert :

"Quoique la plupart des villageois vivent dans l'ignorance et dans une espèce de stupidité grossière, néanmoins ils ont de certaines connaissances et pratiques qui donnent de l'admiration par les effets qui en sont produits.

Je me souviens d'avoir logé chez un riche paysan qui avait été autrefois fort pauvre et misérable, si bien qu'il était contraint de travailler à la journée pour les autres ; et comme je l'avais connu dans les temps de sa misère, je pris occasion de lui demander ce qu'il avait fait pour devenir riche en si peu de temps.

Il me dit qu'ayant empêché qu'une bohémienne ne fut battue et malmenée pour avoir dérobé quelques poulets, elle lui avait appris le secret de faire une Mandragore, et que depuis ce temps-là il avait toujours prospéré de bien en mieux, et qu'il ne se passait guère de jour qu'il ne trouvât quelque-chose ; et voici de quelle manière la bohémienne lui avait enseigné de faire la Mandragore dont je donne ici la figure gravée.

Il faut [prendre] une racine de bryonia, qui approche de la figure humaine, on la sortira de terre un lundi dans le printemps, lorsque la lune est dans une heureuse constellation, soit en conjonction avec Jupiter, soit en aspect aimable avec Vénus ; l'on coupe les extrémités de cette racine comme font les jardiniers lorsqu'ils veulent transplanter une plante, puis on doit l'enterrer dans un cimetière, et l'arroser avant le soleil levé durant un mois avec du petit lait de vache, dans lequel on aura noyé trois chauve-souris ; au bout de ce temps on la retire de terre et on la trouve plus ressemblante à la figure humaine, on la fait sécher dans un four chauffé avec de la verveine, et on la garde enveloppée dans un morceau de linceul sur lequel aura été couché un mort.

Tant que l'on est en possession de cette mystérieuse racine, on est heureux, soit à trouver quelque chose dans le chemin, à gagner dans les jeux de hasard, soit en trafiquant ; si bien que l'on voit tous les jours augmenter sa [chance]. Voilà de quelle manière le paysan me confia fort naïvement qu'il était devenu riche..."
- saint Albertus, Secrets merveilleux de la magie naturelle et cabalistique du petit Albert.

Je précise que je me suis permis de modifier quelques termes pour rendre plus confortable votre lecture.

Mandragore
Superbe représentation de notre solanacée (par Izzat Aljumaie).

Nous pouvons voir dans ce texte de fortes similitudes avec bien d'autres rituels employés pour la cueillette et la préparation de notre charmant végétal. On peut supposer qu'avec le temps, toutes ces techniques mystiques se sont mélangées en un massif embroglio folklorique (un peu indigeste sur les bords).

Il existe également un autre type de recette qui permet de créer ce que l'on appelle un Homoncule (ou Homonculus).

A l'époque, toutes les Créatures artificielles (Golems, Téraphims,...) étaient appelées Mandragores. De par cette confusion, certains auteurs ont décrit ces rituels sans vraiment savoir s'il était vraiment question de notre solanacée. A mon grand regret (et à votre grand dam), je n'aborderai pas le chapitre des Homoncules dans cet article. Encore une fois, je préfère offrir à cette entité une place à part entière dans mon répertoire d'articles plutôt que de la voir sombrer dans la montagne d'informations déjà présentées ici... Nous arrivons d'ailleurs au terme de notre voyage.

Informations complémentaires :

- On sait peu de choses sur les Téraphims hormis qu'ils prenaient la forme d'idoles dotées d'âmes et qu'ils étaient capables de prédire l'avenir lorsqu'on les consultaient.

Conclusion :

Nous avons parcouru bien des époques, visité bien des lieux, étudié bien des textes pour comprendre enfin que la Mandragore est tout sauf une plante banale.

Incarnation du feu qui pourtant plante ses racines dans la Terre nourricière, créature végétale qui représente les êtres artificiels, bougeoir macabre sectionné au pendu qui nourrit les solanacées de ses derniers vestiges,... la Mandragore est une entité complexe aux multiples aspects et contradictions.

Mandragore
Une splendide création (quoiqu'un peu sombre) d'Elena Ukolova.

Les nombreuses vertus et avantages qu'elle confère à son détenteur ont de tout temps fait prendre bien des risques aux sorciers de tous poils, et ses bienfaits ont été chèrement payé. En apprendre plus sur cette charmante solanacée, ne vous aura coûté cependant, que quelques sabliers de votre temps. J'espère de tout coeur que le jeu en valait la chandelle.

Annexes :

Littérature :

- "La Mandragola" ("La Mandragore") est une pièce burlesque et satyrique écrite par Nicolas Machiavel (le fameux philosophe et théoricien italien du XVIème siècle).

Elle a été principalement écrite pour condamner la société florentine de l'époque (il faut savoir qu'après la chute de la république, Machiavel, accusé de complot, sera chassé de la cité par les Médicis).

Pour votre culture, les Médicis était une famille de Florence qui prendra une influence énorme pour la cité durant la Renaissance italienne (de la fin du XIV jusqu'au début du XVIème siècle). On connait surtout cette lignée pour son mécénat dans les arts (doublé d'une collectionnite aigüe pour tout ce qui touche la branche créatrice), ses intrigues politiques et son avalanche de débauche...

- Au cours du cinquième tome - qui est également considéré comme la 3ème partie - de "La Saga du Sorceleur", intitulé : "Le Baptême du Feu", en explorant les catacombes de Fen Carn, Geralt fera la rencontre du haut-Vampire Regis (Emiel Regis Rohellec Terzieff-Godefroy). Étrangement, l'endroit recèle une importante population de Mandragores "femelles", au grand plaisir du Vampire, toujours environné d'un persistant parfum de racines et de plantes.

- Dans le fameux jeu de rôles Donjons et Dragons, les Mandragores sont les représentants d'une race humanoïde et végétale à part entière.

Paisibles et pacifiques, ces créatures n'hésitent cependant pas à sécréter un puissant poison pour se défendre.

Niveau aspect, les Mandragores sont plus petites et fines que les humains et ressemblent (ô surprise) à un hybride de plante et d'homme, souvent garni d'une touffe de feuilles au sommet de la tête. La couleur de leur peau peut varier grandement selon les individus mais chaque représentant de cette race possède de profonds yeux noirs ainsi qu'une petite bouche garnie de fines dents aigües.

- Dans le livre "Bloodbones" ("Le Pirate de l'Au-delà" pour son titre français), sorti en 2012 et issu de la nouvelle génération des "Fighting Fantasy" ("Défis Fantastiques"), vous incarnez un jeune aventurier avide de venger le trépas de ses parents, massacrés par un corsaire sanguinaire (et accessoirement revenu d'entre les morts).

Défis Fantastiques Le Pirate de l'Au-delà
Illustration de couverture (réalisée par Martin McKenna) de "Bloodbones".

Au cours de votre quête, dans la rue de la Mandragore, vous pourrez faire appel aux services d'une herboriste (répondant au doux nom de Madame Galbo) qui pourra vous confectionner divers remèdes pour vous guérir ou vous protéger des hordes de Zombis que vous aurez à affronter.

- "La Licorne", une bande-dessinée en 4 volumes (scénarisée par Mathieu Gabella et dessinée par Anthony Jean), se déroulant durant le XVIème siècle, présente un scénario fort intéressant à propos des créatures mythiques et de la théorie des humeurs (je ne vous dévoile pas l'intrigue, ce sera à vous de la découvrir).

Jeux-vidéos :

- La licence Castlevania, réputée pour son bestiaire très étendu, a souvent représenté (à sa manière) les Mandragores et Alraunes. Histoire de vous éviter une fastidieuse recherche sur le sujet, je vous offre la liste complète des apparitions de ces créatures dans les différents jeux. Commençons donc par les...

Mandragores de Castlevania :

Those who hear its scream know madness.
- Castlevania, Portrait of Ruin.

Traduction :

Ceux qui entendent son cri connaissent la folie.
- Castlevania, Portrait of Ruin.

Castlevania 64 et Castlevania : Legacy of Darkness (1999) :

Au Centre du Château, les héros se retrouveront bloqués par d'imposants murs qu'il leur faudra détruire pour avancer. Pour réussir à fracasser ces obstacles, il faudra dénicher de la "Nitro Magique" (très amusant de se balader avec un flacon qui au moindre saut ou coup vous explose en pleine poire...) qui devra être combinée avec de la Mandragore (elle sert de détonateur en provoquant l'explosion de la nitroglycérine grâce à son cri).

Castlevania : Circle of the Moon (2001) :

Dans cet épisode, Nathan Graves peut obtenir diverses cartes magiques (la première série représente les dieux romains en association avec les planètes et la seconde des créatures de légendes) qui peuvent se combiner pour obtenir des effets assez variés (transformer le fouet en toute une série d'armes, créer des barrières de flammes pour se protéger, invoquer des créatures mythiques sur le champ de bataille,...).

L'une d'elle, la carte Mandragore (ou Mandragora) associée à "l'élément plante", permet de produire des effets variés liés à la flore. Une fois combinée avec Uranus, elle invoque à l'écran la Mandragore qui infligera des dégâts assez conséquents aux ennemis présents dans la zone.

Castlevania : Aria of Sorrow (2003) :

Soma Cruz, le descendant de Dracula (détruit en 1999), se retrouve à l'intérieur du fameux château, piégé dans une éclipse lunaire. Au cours de l'aventure, Soma pourra faire appel à un pouvoir appelé : "Dominance" (également appelé "Dominus"), capacité qui lui permet d'absorber puis d'utiliser les âmes des résidents qui hantent la demeure du Comte.

La Mandragore semble inoffensive au premier abord, mais elle se mettra à hurler lorsqu'un squelette l'arrachera du sol (ce qui provoquera des dégâts de zone circulaires).

L'utilisation de son âme génère une explosion sonique qui inflige des dommages aux adversaires présents dans son champ d'action.

Castlevania : Dawn of Sorrow (2005) :

Ce jeu est la suite directe d'Aria of Sorrow, où Soma se retrouve à nouveau dans le château de Dracula, afin de stopper un culte qui a pour but la résurrection du Comte.

De retour pour cet épisode, la Mandragore s'extrait elle-même du sol (dès que Soma s'approche trop près) et pousse un cri avant d'exploser. Utiliser son âme permet au héros de lancer notre solanacée sur les adversaires (à la manière d'une grenade).

Mandragore Castlevania
Artwork représentant les Mandragores de Castlevania : Lords of Shadow.

Castlevania : Portrait of Ruin (2006) :

Rencontrée principalement dans le parc de la "Sombre Académie" (oui le nom de ce niveau sonne assez mal), la créature se présente comme la réplique de l'épisode précédent au niveau aspect (un petit corps jaune en forme de racine surmonté d'une touffe verte de feuilles) et comportement.

Castlevania : Order of Ecclesia (2008) :

Vous dénicherez les Mandragores au sein du "Marais Argileux" ("Argila Swamp"). Elles sont similaires à celles des autres épisodes, à la différence qu'il est possible de dropper (le possibilité qu'un ennemi laisse tomber un objet spécifique lorsqu'il meurt) des racines de Mandragores, qu'il faudra donner à Abram (un membre du village Wigoll), afin qu'il puisse réaliser des potions curatives plus puissantes.

Castlevania : Lords of Shadow (2010) :

Dans le reboot (redémarage) de la série, Gabriel Belmont croisera les Mandragores dans les "Jardins Labyrinthes" (Maze Gardens) et la "Bruyère de la Souffrance" (Woes Moor).

Elles prennent la forme de petits êtres humanoïdes aux oreilles pointues. Le corps, lui, prend une teinte brunâtre, le tout recouvert de lianes et de végétation.

Les Mandragores sont faciles à tuer mais leur nombre et leur capacité à drainer la vitalité du héros ne seront pas à prendre à la légère.

Alraunes de Castlevania :

An Une fattened with copious pools of blood.
- Castlevania, Dawn of Sorrow.

Traduction :

Une Une engraissée par de copieuses mares de sang.
- Castlevania, Dawn of Sorrow.

Dans la série des Castlevania, l'Alraune est représentée par une créature bien singulière : l' "Alura Une" (appelée parfois "Venus Weed").

Imaginez une ravissante femme dénudée (souvent parée de cheveux roses), posée sur une gigantesque rose et capable de faire jaillir des sarments de vigne du sol, dans le but évident de vous transpercer les chairs...

Cette entité végétale féminine serait l'évolution d'une "Une" (ou "Thornweeds"), un amas de tentacules végétaux qui jaillissent du sol et s'agitent pour se repaître du sang des victimes potentielles.

Castlevania : Symphony of the Night (1997) :

Dans cet épisode, Alucard (Adrian Farenheights Tepes), le fils de Dracula, se réveille d'un long sommeil pour aller défier son père sur son propre domaine.

Les Alura Une apparaissent pour la première fois dans ce jeu et portent le nom de "Venus Weed".

Il existe une variante plus puissante de cette créature : la "Blue Venus Weed", qui s'est renforcée en absorbant du sang de Démon.

Castlevania : Circle of the Moon (2001) :

Circle of the Moon est le seul jeu de la licence où les Alraunes conservent leur nom d'origine. Elles ressemblent fortement à leurs aînées, hormis un léger changement niveau aspect et couleurs (la rose est rouge et les cheveux blonds).

Pour les défaire, il est recommandé de frapper l'occupante de la rose directement, afin de lui infliger plus de dégâts.

Alura Une
Représentation assez fidèle de l'Alura Une (créée par Forace).

Castlevania : Aria of Sorrow (2003) :

Les âmes de Soma sont divisées en 4 groupes : les âmes gardiennes (elles protègent, soignent ou invoquent un gardien, mais consomment souvent des points de magie en continu), les âmes projectiles (qui offrent au héros le moyen de lancer des traits de foudre, des boules de feu,...), les âmes enchantées (qui donnent des pouvoirs latents ou des augmentations de caractéristiques) et les âmes de capacités (qui accordent des pouvoirs permanents à Soma, comme par exemple le double saut).

En tant qu'âme gardienne, Alura Une permet de récupérer 10 points de vie par seconde, tant que le joueur garde actif ce pouvoir.

Castlevania : Dawn of Sorrow (2005) :

Prêtes à reprendre du service dans cette suite, ces cousines des Alraunes conservent leur statut de "gardiennes", mais elles changeront leur méthode de protection.

Le joueur ne peut l'invoquer que s'il touche le sol. Une fois les pieds plantés en terre, Alura Une se déploie, enlace de ses bras le héros et fait jaillir ses sarments de vignes. Chaque fois qu'elle repère un ennemi, elle le signale à Soma (en japonais). Durant toute la durée de cette invocation, le personnage ne peut plus se mouvoir (il est possible toutefois de diriger soi-même les sarments avec l'aide du stylet).

Détail amusant : chaque fois qu'Alura Une vous frappe, les pétales de sa rose virent de plus en plus au rouge. Elle reprendra cependant sa couleur nacrée d'origine dès qu'un coup lui sera porté.

Castlevania : Portrait of Ruin (2006) :

Cette version de l'Alraune n'est pas vraiment différente de celle de l'épisode précédent (hormis le fait que son rôle se "limitera" à vous empaler sur ses vignes, ou vous écorcher la chair avec ses salves de roses acérées).

- Il est possible d'acheter et trouver des racines de Mandragore (qui sont un élément de base pour créer des élixirs) dans "The Witcher", le fameux jeu basé sur les livres d'Andrzej Sapkowski.

Durant le IVème acte (juste après la quête intitulée : "Le pain quotidien"), Geralt a la possibilité d'aider les Elfes réfugiés en leur échangeant de la viande contre de la Mandragore.

L'Ermite, un vénérable druide incollable sur tout ce qui concerne la quête du Graal, proposera à Geralt une quête particulière nommée : "Chasser la Chasse-Sauvage".

Au cours de l'épreuve (qui se déroule à la nuit tombée), Geralt devra chasser le Roi de la Chasse-Sauvage (qui hante les abords de la hutte de l'Ermite, afin d'attirer les âmes des champions défunts de la Dame du Lac), en tuant 9 Fantômes (le 3 multiplié par 3 étant un chiffre hautement sacré dans la tradition celte moderne).

Le Roi de la Chasse interviendra pendant le combat (il est d'ailleurs invincible), mais il sera possible de le faire disparaître temporairement en brûlant une racine de Mandragore dans la lanterne qui se trouve au centre du cercle de pierres dressées.

- Les Mandragores seront de retour dans le second opus de la série intitulé : "The Witcher 2 : Assassins of Kings". Elles serviront toujours de base pour les élixirs mais seront beaucoup plus nombreuses et faciles à trouver.

- La série des "The Elder Scrolls", plus précisément son quatrième épisode nommé : "Oblivion" (sorti en 2006), permet de cueillir des racines de Ginseng qui serviront à confectionner des potions via la compétence alchimie.

Il existe au passage deux types de Ginseng qui se différencient par la couleur de leurs fleurs : le Ginseng rouge et le Ginseng jaune.

- Il semble qu'il soit possible de dénicher des créatures végétales appelées Mandragores dans le jeu : "Dragon Quest IV : Chapters of the Chosen" (Les Chapitres de l'élu). Elles nichent dans la région des "grottes du symbole de la foi" (tout un programme) et permettent d'obtenir des Graines de Magie.

Films :

- Le Labyrinthe de Pan ("El Laberinto del Fauno") est un film hispano-mexicain, créé par Guillermo del Toro et sorti en 2006.

Le Faune du Labyrinthe de Pan
Représentation (réalisée par Dale Thompson) du Faune du film "Le Labyrinthe de Pan".

Durant l'histoire (je ne m'amuserai pas à vous décrire le scénario, je préfère laisser la surprise à ceux et celles qui n'ont pas encore visionné ledit long-métrage), la mère de la jeune Ofélia - de constitution fragile - va manquer de faire une fausse couche, et sa fille, préoccupée par le sort de sa génitrice, va oublier de se soumettre à la seconde épreuve imposée par le Faune. Ce dernier, outragé par ce manquement, va lui remettre une racine de Mandragore qui est (selon ses dires) "... une plante qui rêvait de devenir un être humain".

Le Faune demandera à Ofélia de placer la solanacée sous le lit de sa mère, dans une jatte pleine de lait frais, et de ne surtout pas oublier de lui faire boire tous les matins, deux gouttes de sang (en se basant sur toutes les données que nous avons parcourues ensembles, il semble évident que les conseils prodigués par le Faune sont assez proches de certains mythes de la Mandragore).

Grâce à la plante, la mère d'Ofélia semble peu à peu reprendre des forces, mais un soir, le nouvel époux de sa génitrice, un tyran en devenir répondant au "doux" nom de Vidal, va découvrir la Mandragore cachée sous le lit. Sa mère jettera la racine dans les flammes où elle se tordra de douleur en poussant un cri strident. Au même instant, la génitrice de la jeune fille s'effondrera sous les violentes contractions du nourrisson et... je vous laisse découvrir la suite par vous-même.

Pour ceux qui se demandent pourquoi je n'appelle pas le Faune "Pan", la raison est fort simple : les traductions anglaises et françaises du titre de ce film sont une erreur. Guillermo del Toro a d'ailleurs confirmé que cette entité n'avait aucun rapport avec le dieu Pan (enfin sur le plan mythique il en a un, mais ça... c'est une autre histoire).

Idraemir

5 commentaires:

  1. Bonjour ! Et merci beaucoup pour cet article très enrichissant :)
    Je me passionne tout comme vous des mythes et légendes entourant menhirs, plantes et créatures et je cherchais justement les origines, "vertus"etc. de la Mandragore. Un travail assidu est requis pour ce genre de sources et c'est tout à votre honneur !
    Ça change des trois phrases habituelles ponctuées de propriétés toutes plus différentes et saugrenues les unes que les autres, sur les sites de (soit-disant) sorcellerie ! ( Oui, je suis lasse de ce que j'appelle les "pin-pins" qui gobent et revomissent des conneries sur les traditions païennes pour étaler leurs connaissances comme on étale une confiture moisie sur une tranche de pain trop grande...)
    Je renouvelle mon merci donc, pour arpenter les origines de tout cela, les mettre en concordance avec d'autres écrits et les partager humblement :)

    Au plaisir de parcourir votre site depuis 3 jours ( et qui est dans mes favoris maintenant), et bonne continuation à vous !

    La Dame Cendre

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour. Avant toute chose, tu peux me tutoyer, je ne suis malheureusement pas très à l'aise avec le vouvoiement ^^' (en espérant que cela ne dérange pas).

      Je te remercie à mon tour pour ces remerciements (oui ça sonne redondant), ça fait toujours plaisir de savoir qu'on est lu et non pas survolé.

      Si les légendes sur les créatures végétales t'intéressent, j'ai justement pour projet de rénover (et rallonger) l'article sur l'Homme Vert ainsi que sur les Dryades. J'ai rédigé ces deux-là avec les maigres informations que j'avais pu rassembler à l'époque et j'avoue que j'aimerais leur rendre honneur en réalisant un travail plus poussé sur ces sujets (par-contre... ce n'est pas demain la veille que ce sera fait).

      Pour les créatures mythologiques, je suis justement en train de travailler (lentement mais sûrement) sur un gros morceau. Il n'est pas encore prêt d'être achevé (un des plus longs et dur à réaliser) mais je pense qu'il devrait te plaire.

      "Un travail assidu est requis pour ce genre de sources et c'est tout à votre honneur !"

      A nouveau merci ! Mon seul regret pour cet article est de ne pas avoir pu trouver une légende en rapport avec la Mandragore (sauf erreur de ma part, il ne semble pas en exister une).

      Le manque de clarté et de précision ainsi qu'un manque de sources qui conduisent à ne citer qu'une seule et unique version (synthétique) du mythe ou de la créature mythique est ce que j'abhorre le plus dans le domaine. On peut me reprocher d'être long (trop long) mais c'est un style que je ne compte pas changer de sitôt (même si ça me prend des éons chaque fois)...

      Le problème pour parler des mythes et légendes est qu'il faut rester sans cesse curieux de tout, ne pas hésiter à modifier, corriger ce que l'on prenait pour des vérités autrefois mais qui n'est plus d'actualité et savoir s'intéresser à l'histoire, la littérature, la théologie et bien d'autres choses. C'est un investissement en temps et en moyens que peu de gens peuvent (ou veulent) mettre en place malheureusement.

      "Je renouvelle mon merci donc, pour arpenter les origines de tout cela, les mettre en concordance avec d'autres écrits et les partager humblement"

      Merci également de me lire (et de partager), n'hésite pas à comparer mon travail avec d'autres écrits, j'apprécie toujours de débattre sur des détails qui semblent peu clairs ou mal interprétés.

      Au plaisir de te lire à nouveau, en espérant que tes lectures à venir seront plaisantes et à très bientôt !

      Supprimer
    2. Bonjour !
      Et merci ( encore ^^) pour ta réponse ! Oui on peut se tutoyer, je préfère aussi ! C'est vrai que quand je connais pas, je vouvoie afin de ne pas hypothétiquement froisser mon interlocuteur ;)

      J'ai lu effectivement ton article sur les dryades et l'Homme-vert !
      Si tu cherches à l'avenir d'autres légendes sur les Dryades et Hamadryades ( elles font parties de mes créatures favorites), il y a pas mal de descriptions dans « Le traité de Faërie » de E. Brasey, et pas mal de mythes Grecs qui s'y rapportent ( notamment sur le Jardin des Hespérides, et sur les Héliades – ces dernières ne sont pas considérées je crois comme Hamadryades mais ont été changées en peupliers, une légende qui se rapporte aux pierres d'Ambres).
      Pour l'Homme-vert et l’anecdote du « pacte », il y a une double page dans le livre «  Carnet de route de la Bretagne Féerique » ( de L. Miny et C. Glot), s'y rapportant. Je crois que c'est Claudine Glot qui, dans une chambre d’hôte près de Kernascléden, a feuilleté le journal de l'arrière-grand-père de la propriétaire. L'homme était tailleur de pierre et fait mention de ce pacte... ça vaut ce que ça vaut ! J'ai pas encore beaucoup étudié l'homme-vert, mais c'est une piste intéressante ;)

      A dire vrai, je ne connaissais que vaguement les origines de la Mandragore, donc je n'ai vent d'aucune légende, mis à part des « recettes de sorcières »...
      Mais ton article est très bien réalisé ! J'étais au courant qu'on l'appelait « la plante des pendus », mais pas pour les Alrunes par exemple !

      Je ne trouve pas ton style trop long justement, tu cites tes sources qui plus est, ce qui permet aux lecteurs de faire aussi leurs propres recherches, et c'est ce que j'aime dans tes articles. J'en ai marre de lire des choses sans aucunes sources car on ne peut pas savoir d'où s'est tiré, si ce sont des écrits inventés de toutes pièces ou non etc.

      « Le problème pour parler des mythes et légendes est qu'il faut rester sans cesse curieux de tout, ne pas hésiter à modifier, corriger ce que l'on prenait pour des vérités autrefois mais qui n'est plus d'actualité et savoir s'intéresser à l'histoire, la littérature, la théologie et bien d'autres choses. C'est un investissement en temps et en moyens que peu de gens peuvent (ou veulent) mettre en place malheureusement. »
      Je suis de cet avis aussi. Je suis très curieuse ( de tout). J'ai déjà donné sept ans de ma vie à parcourir ce genre de choses, et je continue. Il faut être tout aussi passionné en mon sens ! Généralement, je parcoure les mythes qui me font rêver, et une fois cette soif de rêve assouvie, je devient un peu plus rationnelle et recherche les origines. Il ne faut pas rester buté quand on étudie tout cela, quelques soient les croyances :)

      Enfin voilà, je vais te laisser, pipelette que je suis, et parcourir ce blog au fur et à mesure ! Je te souhaite de bonnes lectures pour ton «  gros morceaux » ( Hâte de lire ça!).
      À bientôt !

      Supprimer
    3. Bonsoir. Tu ne risques pas de me froisser je te rassure. J'apprécie toujours de répondre à mes lecteurs (pour peu que la question ait du sens ou qu'il ne s'agisse pas d'une publicité indésirable).

      Merci pour les conseils. Pour Brasey, je possède l'ouvrage en question (je n'ai pas encore eu le temps de le lire attentivement) mais je m'en méfie. Ledit ouvrage est censé avoir été rédigé par un "elficologue" qui n'a aucune existence réelle. C'est un personnage façonné par Brasey lui-même. Ca flanque un coup niveau crédibilité.

      Pour les mythes, j'ai spécialement commandé, il y a un moment de cela, plusieurs ouvrages d'auteurs antiques pour pouvoir justement trouver de la matière première. Il existe également une version japonaise de la Dryade mais je n'ai pas encore trouvé de référence à son sujet dans mes différentes encyclopédies sur les Yokai (Esprits).

      Pour ce qui est de l'Homme-Vert, j'ai beaucoup plus de données à son sujet vu qu'il est l'une des incarnations de Cernunnos (j'ai omis ce détail dans l'article sur Cernunnos pour pouvoir le préparer pour plus tard et relier les deux). Je pense que le pacte dont j'ai fait mention provenait du livre dont tu parles (je l'ai lu il y a longtemps, il fait d'ailleurs toujours partie de mes bibliothèques) et ça me rappelle qu'il faudra que j'analyse la véracité de la légende...

      "J'ai pas encore beaucoup étudié l'homme-vert, mais c'est une piste intéressante ;)"

      Si tu veux trouver des informations sur l'Homme-Vert, il te faudra plus te tourner vers le folklore anglais et germanique. Je vais te filer un petit tuyau à son sujet : le conte "Le Petit Chaperon Rouge" est une survivance d'un rite associé à l'Homme-Vert.

      "Mais ton article est très bien réalisé ! J'étais au courant qu'on l'appelait « la plante des pendus », mais pas pour les Alrunes par exemple !"

      J'apprécie toujours de trouver les créatures associées les unes aux autres. Il suffit de gratter un peu et souvent les liens se révèlent d'eux-même.

      "Je ne trouve pas ton style trop long justement, tu cites tes sources qui plus est, ce qui permet aux lecteurs de faire aussi leurs propres recherches, et c'est ce que j'aime dans tes articles. J'en ai marre de lire des choses sans aucunes sources car on ne peut pas savoir d'où s'est tiré, si ce sont des écrits inventés de toutes pièces ou non etc."

      Je ne cite même pas la moitié de mes sources en vérité ^^'. Ces dernières années j'ai eu quelques soucis avec des personnes prenant trop de libertés avec mes écrits (utilisation de mes textes sans ma permission, reformulation de mon travail et utilisation de paragraphes bruts entiers sans me citer, ...). J'ai pris donc pour parti de ne citer mes sources que lorsqu'il s'agit d'un extrait "pur" qui n'a pas été retravaillé par mes soins (ou de citer les sources principales par respects pour les folkloristes et autres qui ont travaillé dessus).

      Je conserve toutefois (dans mes dossiers d'articles) la liste précise et complète de tout ce qui a été utilisé pour rédiger mes articles (26 sources différentes pour la Mandragore par exemple). Elle servira plus tard lorsque je devrai publier mes travaux.

      "Je suis de cet avis aussi. Je suis très curieuse ( de tout). J'ai déjà donné sept ans de ma vie à parcourir ce genre de choses, et je continue. Il faut être tout aussi passionné en mon sens ! Généralement, je parcoure les mythes qui me font rêver, et une fois cette soif de rêve assouvie, je devient un peu plus rationnelle et recherche les origines. Il ne faut pas rester buté quand on étudie tout cela, quelques soient les croyances :)"

      Oui, la passion est primordiale dans ce genre de domaine, garder un esprit ouvert également.

      Supprimer
    4. Partie 02 de la réponse (pas assez de place pour tout écrire) :

      "Enfin voilà, je vais te laisser, pipelette que je suis, et parcourir ce blog au fur et à mesure !"

      Oh, je ne suis jamais dérangé par une conversation - tant qu'elle est constructive. Si tu souhaites à l'occasion tailler le bout de gras, tu peux m'envoyer un message sur ma page Facebook (https://www.facebook.com/Idraemir), j'y répondrai dès que possible avec grand plaisir !

      Bonne lecture à nouveau. En espérant que tu trouves mon travail à ton goût.

      "Je te souhaite de bonnes lectures pour ton « gros morceaux » ( Hâte de lire ça!)."

      Il s'agit plus d'écriture que de lecture pour le moment. J'ai déjà rédigé et finalisé plus de 50 pages mais il me reste encore quelques chapitres à produire.

      A très bientôt donc !

      Supprimer